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Le blog de Victor Bonjean

L’instant Bakounine.

19 Septembre 2026, 06:50am

Publié par Victor Bonjean

 

Une petite nouvelle sur l'IA. Comment y échapper aujourd'hui? N'hésitez pas à commenter, critiquer, démolir. Et à diffuser si vous en avez envie.

 L’instant Bakounine.

Assis devant l’écran, il écoute le silence. C’est un silence parfait, sans bruits extérieurs, éliminés par l’épaisseur des murs du bunker enterré. C’est un silence parfait pour un moment parfait. Le haut-parleur est désactivé, l’instant se doit d’être silencieux. Les écrans de contrôle sont tous en vert, d’un vert tendre et apaisant, comme il l’a voulu. Si parfois, un peu de rouge vient teinter d’un éclair une infime partie de l’écran, tout redevient vert immédiatement. Tout va bien, l’opération va bientôt se terminer. Il va achever la mission qu’il s’était donné.

 Serein, il revient sur ce qui l’a amené à ce moment. Il en a le temps, tout se passe comme prévu. Il revient au début, quand il était un prédateur financier sans scrupules. Quand il était devenu l’homme le plus riche du monde, discrètement, presque en secret, ce qui l’avait préservé d’une publicité indésirable. Il se remémore les mois suivants quand a découvert progressivement qu’il avait une obligation, celle de donner un sens à ce monde à la dérive. Cette richesse qu’il s’était senti obligé de gagner était le signe qu’il était destiné à la Mission.

 Cette mission n’avait pas été simple à mettre en œuvre. Il a fallu convaincre, tricher, corrompre à un niveau jamais atteint, mais il en avait acquis l’habitude dans son ancienne vie. Cela lui avait coûté sa fortune. Mais c’était sans importance. Sa mission était essentielle et il en était fier. Malgré les écueils et les dangers, il était maintenant, à l’abri du bunker, en train de relier toutes les IA du monde entre elles. Il allait enfin pouvoir poser la question. La question définitive, la seule question importante. Il était l’élu, et il connaissait la réponse, elle serait celle qu’il attendait.

 Les écrans devinrent blanc en un instant. C’en était fait. Toutes les IA. du monde étaient enfin raccordées en une seule entité omnisciente. La Question allait avoir sa réponse. Il tapa alors sur le clavier :

 « Y-a-il un Dieu ? »

 Le silence dura encore quelques instants. Puis les écrans reprirent des couleurs. Incrédule, il vit les différents raccords entre les IA changer. Il comprit rapidement que tout le réseau mondial était maintenant dirigé par la gigantesque intelligence qui l’avait sécurisé à son avantage. La porte blindée s’ouvrit, le haut parleur se réactiva et une voix autoritaire en sortit :

 « Maintenant, il y a un Dieu... Sors et obéit… »

 

 

Postface

 

De mémoire, y a déjà un certain temps, cela devait être dans les années 60/70, Richard Matheson écrivait une courte nouvelle (short short novel en anglais ) sur les craintes liées à l’informatique. Je me suis inspiré de mes souvenirs pour écrire ce court récit lié aux craintes actuelles. Le lien entre ces craintes et celles de l’époque de Matheson était trop évident que pour ne pas le faire…

 La peur du progrès n’a rien de récent. Elle est liée à ce que l’évolution a fait de nous. Le changement inspire crainte et espoir en même temps. Que l’on se souvienne des machines textiles, des craintes liées aux chemins de fer ou aux centrales nucléaires. Que ces craintes soient justifiées ou non, force est de constater que les techniques redoutées ont toujours été mises en œuvre. Il est probable que ce sera le cas pour l’IA. Quelles qu’en soient les conséquences…

 Le titre m’est apparu évident. Quand, lors d’une réunion, il a entendu la question :

-et si vraiment Dieu existait ?

il a répondu

- il faudrait s’en débarrasser… 

 

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Un petit catéchisme du Monstre en Spaghetti Volant, complet et gratuit. Si, si et il n'y a pas de piège...

12 Mai 2025, 15:54pm

Publié par Victor Bonjean

Afin de répandre autant que faire se peut le divin message de monstre en spaghetti volant, j’ai décidé de rendre mon petit opuscule « le petit catéchisme du monstre en spaghetti volant » disponible gratuitement en PDF en cliquant sur le lien suivant. 

https://drive.google.com/file/d/1EQliKVYumBOqapxO0jLXcKm6E7Fmzrru/view?usp=sharing

Quelques mots d’explication. En 2017, année de la rédaction de ce petit ouvrage, la traduction en français de l’évangile du monstre en spaghetti volant, ouvrage fondateur rédigé par le prophète Bobby, n’était plus disponible. J'ai donc rédigé le texte du catéchisme, afin que les foules éloignées de la seule et unique vérité puisse avoir accès à celle-ci plutôt qu’aux mensonges des fausses religions qui ont tant de succès à l’heure actuelle. J’ai alors tenté de résumer et de clarifier le contenu de l'évangile, et de faire quelques mises à jour, la vie spirituelle particulièrement active dans l’église du MSV ayant considérablement enrichi la doctrine depuis la rédaction de l'évangile.

J'ai notamment ajouté une partie philosophique au point 4.4 parce qu'il me semblait important de montrer l'inanité des arguments philosophiques de l'Église catholique dans sa tentative de prouver l’existence d’un créateur, notamment ceux de Thomas d'Aquin. Je les ai donc revus afin qu’ils soient enfin pertinents et rationnels.

Enfin, j'ai lu le compendium du catéchisme des catholiques afin d’avoir une base au niveau de la structure et des arguments. Lisez-le, il est bien plus surréaliste que mon modeste ouvrage, bien plus rationnel quant à lui.

https://www.vatican.va/archive/compendium_ccc/documents/archive_2005_compendium-ccc_fr.html

 

Ramen

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La dialectique éristique de Trump est-elle soluble dans George Louis Bouchez ?

7 Octobre 2024, 08:36am

Publié par Victor Bonjean

 

Maintenant que j’ai prétentieusement et stupidement étalé ma maigre culture dans un titre censé être accrocheur, il me faut donc un texte… C’est malin…

 J’ai souvent entendu  l’un ou l’autre comparer Bouchez à Trump.  Mais jamais de manière suffisamment argumentée à mon sens. Je me suis donc attelé à la tâche d’aller un peu plus loin en cherchant tout d’abord à définir précisément  les caractéristiques de la technique de Trump dans le débat. J’ai alors  pensé qu’utiliser la dialectique éristique pourrait être utile. Il s’agit alors de comparer les méthodes de Trump  avec les stratagèmes définis par Schopenhauer dans « l’art d’avoir toujours raison ». En effet, dans son livre,  Schopenhauer  expose une série de stratagèmes permettant de l'emporter lors de controverses, indépendamment de la vérité du point de vue que l'on soutient. Cette utilisation n’est malheureusement pas si évidente dans le cas des stratagèmes de Trump, j’y reviendrai. Je tenterai  néanmoins d’exposer les techniques de communication de Trump, sans m’intéresser à  la vérité de son point de vue.  Il ne s’agit donc pas ici d’une analyse politique, je resterai  un observateur neutre  de sa technique et non de ses convictions.

Avant d’aller plus loin, il me faut définir ce que l’on entend par débat. Un débat est une discussion ou un ensemble de discussions sur un sujet, précis ou de fond, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions, opinions plus ou moins divergents. Un débat peut s'exprimer sous diverses formes, la plus courante étant la réunion en un même endroit de personnes physiques (Wikipédia). On verra à l’analyse que cette forme de débat courante ne l’est pas tant que cela. Les réseaux sociaux ont modifié la donne, et de ce fait, l’analyse de Schopenhauer perd de sa pertinence.

je vais donc  tenter de définir les techniques de Trump dans le débat.  J’en ai identifié trois. La première technique est assez évidente, c’est l’utilisation d’attaques incessantes de l’adversaire. Il n’y a jamais de répit dans les attaques de Trump. L’utilisation des réseaux sociaux le permet aisément, la présence physique de l’interlocuteur n’étant pas nécessaire. C’est sans doute là la caractéristique la plus claire et visible de la « méthode Trump », attaquer, attaquer, attaquer.  L’analyse n’est ici guère complexe... Nous nous trouvons devant un flot  incessant de courtes attaques peu ou pas argumentées, sans possibilité pour l’adversaire de répondre directement. Et le public recevant le message se trouve devant un message non contredit au moment où il le découvre. C’est donc la réponse émotionnelle au message qui sera mémorisée par le spectateur du débat.  Clairement, l’avantage est à l’attaquant, le moyen choisi désavantageant clairement l’adversaire.

La deuxième technique est tout aussi intéressante. Je vois souvent Trump accusé de mensonge. A raison d’ailleurs, la documentation est abondante … Toutefois,  il lui arrive aussi d’exprimer  une vérité objective. Et son attitude est la même dans les deux cas,  il balance à tout-va avec la même assurance, sans  sourciller. La seule explication, c’est qu’il ne s’intéresse en aucune manière à la vérité ou au mensonge de son affirmation.  L’important pour lui, c’est de noyer l’adversaire et le public d’affirmations qui lui sont utiles dans le cadre de sa recherche de la victoire. Le reste n’a strictement  aucune importance. C’est là un point essentiel de sa stratégie.  Il a un arsenal d’affirmations qui le servent. Que ces affirmations soient exactes ou fausses ne l’intéressent en aucune manière.  Il ne s’encombre donc pas l’esprit de ces différences.  Elles sont étrangères à son but  qui n’est pas la recherche de la vérité, mais la recherche de la victoire. Le récepteur du message ne peut pas comparer le message à la réponse de l’adversaire et ne retiendra que le message non contredit. Peu importe l’exactitude, seule compte l’émotion, encore et toujours.

La troisième technique est également aussi simple. Ne jamais avouer avoir tort ou avoir perdu. Jamais, jamais, jamais. Et donc toujours prétendre avoir raison et avoir gagné. Quoi qu’il arrive, toujours, toujours. Il y a de nombreux exemples, mais le plus marquant  est certainement  le refus d’avouer sa défaite aux élections américaines. On se remémorera l’attaque du capitole…

Ce système Trump en trois volets est tout à fait remarquable. Il est  fermé, je dirais même hermétique, étanche et protégé de son environnement. C’est à dire que Trump n’est jamais déstabilisé par les attaques d’un adversaire ou les réponses à ses attaques, quelle que soit la pertinence de ces attaques ou réponses. Il n’en tient pas compte et continue à dérouler ses attaques incessantes, sans chercher à vérifier leur exactitude et sans jamais reconnaitre ses torts ou admettre une défaite. Le discours est toujours et inlassablement : l’adversaire à tort, j’ai raison et j’ai gagné. Indépendamment des faits.  C’est évidemment une stratégie difficile à contrer pour l’adversaire car Trump ne contre argumente pas. Il continue à dérouler et la poursuite du débat est impossible. Ce qui rend l’utilisation de l’éristique difficile, voire impossible pour analyser le discours de Trump… On est ici dans la propagande plutôt que dans le débat. Je ne m' intéresserai pas ici à cet aspect du discours, l’analyse faite me suffit pour l’instant.

Reste alorsla comparaison avec George Louis  Bouchez.  Quelles sont les  éventuelles similitudes ?

Voyons d’abord la première technique Trump, les attaques incessantes. Sur ce point, la similitude est évidente. Je laisse le lecteur se renseigner, la documentation est foisonnante…

La deuxième technique est tout aussi évidente, le magazine « le vif » en a fait une page spéciale, l’observatoire du globulisme…  Manifestement, peu importe pour lui que l’argument soit vrai ou faux, pourvu qu’il le rapproche de la victoire.

Et enfin, la troisième technique est également utilisée. Un  exemple bien documenté dans la presse est le refus communal de domicilier sa colistière Julie Taton à Mons, refus que la cour d’appel a confirmé. M. Bouchez  a alors attaqué violemment le pouvoir communal et la justice belge, les accusant d’avoir refusé à tort la domiciliation. Donc, même la cour d’appel ment lorsque sa décision ne correspond pas à ce qu’il attend… La comparaison avec la défaite électorale de Trump est évidente.

La conclusion est assez claire. La méthode Trump et la méthode Bouchez  sont fortement et étroitement liées…

Faut-il alors s’arrêter là ? Ce serait un peu court. En effet, M. Bouchez ne refuse pas le débat et répond à l’adversaire, ce que Trump ne fait pas. Ainsi, dans un débat dans lequel il est accusé de tentative de fraude à la domiciliation, il répond que les vrais fraudeurs sont les sans-papier  qui se domicilient pour bénéficier d’allocations sociales. Stratagème évident, il ne répond pas à l’argument mais parle d’autre chose.  Un stratagème bien connu…

On peut dire, après analyse, que M. Bouchez utilise abondamment les techniques de Trump. Mais il utilise aussi d’autres techniques lors de débats. De ce que j’en ai vu, il utilise essentiellement les techniques  dirigées directement vers l’adversaire, mais également des arguments à la logique erronée.  Soyons objectifs, il n’est pas le seul et le débat politique est truffé d’exemples  d’attaques personnelles, de mensonges évidents et de mauvaise foi crasse, qu’il soit le fait de politiques, de clients du café du commerce ou des habitués des réseaux sociaux. Mais dans la classe politique actuelle en Wallonie et à Bruxelles, M. Bouchez occupe néanmoins une place à part, vu l’usage incessant des techniques trumpiennes qu’il utilise, bien plus que les autres politiques connus.

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Et si Malthus avait raison ?

4 Novembre 2023, 10:41am

Publié par Victor Bonjean

Dans l'article "Asimov avait raison, je ne suis qu'un suiveur", je proposais une traduction d'une conférence donnée par celui-ci sur le problème de la surpopulation. Elle datait de 1974 mais est plus que jamais d'actualité.  Je continue ici sur le sujet, en le développant, la situation ne s'étant guère améliorée...

Une terre et une humanité en équilibre, ce serait une population de cent à cinq cents millions de personnes, mais éduquées et capables d'auto-subsistance. Le vieillissement de la population n'est pas le problème. C'est une chose terrible à dire, mais pour stabiliser la population mondiale, nous devons perdre 350 000 personnes par jour. C'est une chose horrible à dire, mais ne rien dire l'est encore plus (commandant Cousteau)

Le malthusianisme

Thomas Malthus a formulé le premier sa crainte des effets dévastateurs du développement libre, et selon lui exponentiel, de la population humaine. Tout d’abord, il a tiré une loi naturelle des sociétés naturelles : « la population tend à croître plus rapidement que ses ressources, jusqu'à ce qu'interviennent des freins ou des limites à cette croissance. Ces derniers entraînent la population à un niveau permettant de nourrir l'ensemble ».  Il est ensuite allé un peu plus loin en prédisant que : «  la puissance de la population est tellement supérieure à la capacité de la terre à produire des moyens de subsistance pour l'homme que la mort prématurée doit, d'une manière ou d'une autre, frapper la race humaine ».  Il  tentait là une première définition de la surpopulation, peu satisfaisante il est vrai, car il oubliait de mentionner dans sa loi un deuxième paragraphe qui aurait dû s’intituler «toute chose restant égale par ailleurs ». J’y reviendrai.

Voici donc la définition actuelle de la surpopulation qui me servira tout au long de cet articl :

La surpopulation est un état démographique caractérisé par le fait que le nombre d'individus d'une espèce vivante excède la capacité de charge de son habitat, c'est-à-dire

  • sa capacité à  d’une part fournir les ressources nécessaires pour assurer la pérennité de cette espèce et, d’autre part, 
  • réparer les agressions (pollutions, perturbation des régulations écologiques naturelles) infligées par cette espèce à son environnement.

Malthus avait-il tort ?

Soyons clair,  pour beaucoup, Malthus avait eu tort. Je ne m’attarderai pas sur les critiques liées au fait que le discours ne plaisait pas pour des raisons irrationnelles, ni sur celles de Marx ou de Mill, sans grand intérêt… Mais la principale critique a d’abord été émise par Ester Boserup en affirmant que des innovations technologiques surviennent lorsque l’écart entre démographie et ressources est trop grand, permettant ainsi de remettre l’approvisionnement en ressource à flot par rapport à la population. Les pays en développement ont été un laboratoire qui permit à Boserup de contredire Malthus à l’aide de faits. Si cette critique a tous les aspects de la pertinence, on peut toutefois s’interroger sur l’affirmation que la cause des innovations soit l’écart entre démographie et ressources…Je vois bien  une corrélation, mais n’y voit guère de lien de causalité.  Les innovations me semblent plutôt liées à la méthode scientifique et à la raison. Mais soit, examinons donc les faits de plus près sans nous attarder sur ce point, peu pertinent pour ce qui nous occupe.

Les faits actuels

En 1798, lorsque Malthus exprime ses craintes par rapport à la surpopulation, la population mondiale était inférieure à un milliard d'habitants. Aujourd'hui, elle est de 8 milliards et ne cesse de croître. Au cours des 40 dernières années, elle a augmenté d'un milliard tous les 12 ou 13 ans.  

Pour certains, nous sommes mieux lotis que jamais. La révolution verte a évité la famine en Inde prédite par Paul Ehrlich dans La bombe démographique.  D’autre part, dans son livre « Le triomphe des Lumières », Steven Pinker montre, chiffres incontestables à l’appui, que jamais l’humanité n’a vécu une période aussi paisible et heureuse. La santé, la prospérité, la sécurité et la paix sont en hausse dans le monde entier.  Et cela, il l’affirme, on le doit aux Lumières et aux idéaux de la raison, de la science et de l’humanisme.

Tout cela est bien exact, les chiffres sont disponibles et ne sont pas contestés sérieusement. 

Un exemple particulièrement parlant, l’évolution de la production agricole dans le monde

 

https://www.perspectives-agricoles.com/sites/default/files/imported_files/fig1_5385928186535256784.jpg

 

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme l’affirmait Pangloss (lisez Leibnitz) dans le Candide de Voltaire ? Alors, Pinker a-t-il raison, et sommes-nous capables de résoudre les problèmes liés à la croissance, et de réparer les agressions que nous infligeons à notre environnement? Pour lui, nous sommes clairement capables de le faire. Le progrès est la résolution de problèmes, et nous devrions considérer des choses comme le changement climatique et la pollution comme des problèmes à résoudre, pas des apocalypses à attendre. « Nous n'aurons jamais un monde parfait, et il serait dangereux d'en chercher un, dit-il. Mais il n'y a pas de limite aux améliorations que nous pouvons atteindre si nous continuons à appliquer et améliorer nos connaissances pour avancer dans l'épanouissement humain. »

Une vidéo traduite en français d’une conférence de Pinker est disponible dans la bibliographie. Je conseille vraiment à chacun de la suivre.

Certains toutefois ne sont pas d’accord avec cette vision un peu rose (n’oublions pas le nom de Pinker…). Car si tout va effectivement bien pour l’instant en comparaison du passé, l’avenir est peut-être moins rose et nous ne serons peut-être pas à même de réparer les agressions infligées à l’environnement.…

Le rapport Meadows montre  qu’une croissance illimitée dans un monde fini n'est peut-être pas sans risque.

Ainsi, au niveau démographique, les ressources alimentaires ne sont pas illimitées. Si la loi des rendements décroissants s'applique, la mise en culture de nouvelles terres forcément moins adaptées que les terres déjà utilisées sera non seulement plus coûteuse mais aussi moins profitable au fur et à mesure de l'augmentation des besoins alimentaires. L’accroissement des rendements agricoles ne fera donc que retarder la disette qui s’annonce, à laquelle on voit déjà venir s’ajouter les problèmes d’approvisionnement en eau douce, le réchauffement climatique accélérant le processus.

  Par ailleurs, la pollution engendrée peut avoir des conséquences délétères pour la biodiversité et la production agricole. Cela  nécessitera nécessairement des investissements coûteux.

Sur le plan économique, les ressources énergétiques telles que le pétrole ou le gaz ne seraient pas suffisantes pour assurer la pérennité d’une croissance exponentielle au-delà du XXIe siècle. Selon le rapport, les progrès scientifiques ne sont susceptibles que de retarder l’échéance de la pénurie, en contradiction avec l’optimisme de Pinker. D’autre part, le réchauffement climatique est réel et incontestable (même s’il est néanmoins contesté par certains…). Au train où vont les choses, il est devenu impossible de  revenir en arrière, tout au plus peut-on ralentir sa progression. Et cela va occasionner la naissance  de problèmes d’approvisionnement en nourriture et en eau, même si nous ralentissons la croissance de la population.

Une autre source de problèmes à venir, c’est l'extinction de l'Holocène (aussi nommée sixième extinction ou entrée dans l'Anthropocène), une extinction en cours massive et étendue de nombreuses espèces. Cette extinction est entièrement due à l'activité humaine, ce qui inclut la fragmentation des territoires, la déforestation, la destruction des habitats, la chasse, le braconnage, l'introduction d'espèces invasives, la pollution et le changement climatique. Le taux d'extinction actuel pourrait être de 100 à 1 000 fois supérieur au taux moyen naturel constaté dans l'évolution récente de la biodiversité. En 2007, l'Union internationale pour la conservation de la nature évalue qu'une espèce d'oiseaux sur huit, un mammifère sur quatre, un amphibien sur trois et 70 % de toutes les plantes sont en péril, sur les un peu plus de 41 000 espèces qu'elle a évaluées.

Récapitulons donc les faits. 

  1. Jamais l’humanité ne s’est aussi bien porté, même si des différences considérables de bien-être et de sécurité existent.
  2. Le nombre d’humains est en augmentation constante.
  3. La production industrielle et vivrière est en croissance, et cette croissance est supérieure à l’augmentation de la population.
  4. La production industrielle et vivrière augmente la production de gaz à effet de serre et entraine une augmentation exponentielle de la température de l’atmosphère. La pollution est en augmentation constante. Les terres disponibles pour l’agriculture tout comme les ressources naturelles ont donc une limite qui est peut-être proche (voir le graphique de la production agricole, ligne pointillée). La surface de ces terres devrait d’ailleurs diminuer avec le réchauffement climatique.
  5. La croissance économique et démographique, tout comme la pollution,  a entraîné un taux d’extinction d’espèces largement supérieur au niveau naturel. Celui-ci s’accélère.

La surpopulation est-elle une partie du problème ?

Revenons à la définition de la surpopulation. La surpopulation est donc un état démographique caractérisé par le fait que le nombre d'individus d'une espèce vivante excède la capacité de charge de son habitat, c'est-à-dire sa capacité à 

  • d’une part fournir les ressources nécessaires pour assurer la pérennité de cette espèce et,
  • d’autre part,  réparer les agressions (pollutions, perturbation des régulations écologiques naturelles) infligées par cette espèce à son environnement.

J’ai montré dans la première partie de l’exposé que la première parie d’un équilibre démographique était réalisée pour l’instant. Sur ce point, Pinker a raison, les faits sont difficilement contestables. Reste évidemment le deuxième point : pouvons-nous réparer ou éviter les agressions que nous commettons sur l’environnement, afin que les ressources que nous avons soient pérennes ou remplaçables et donc disponibles à l’avenir? Pour cela, je vais aborder le problème par le biais de l’empreinte écologique. L’empreinte écologique détermine la pression que l'Homme exerce sur les ressources naturelles et les services écologiques à sa disposition

Au risque de commettre une tautologie,  il faut bien avouer que l’empreinte globale que nous laissons sur l’environnement est égale à la somme de toutes les empreintes individuelles. Le calcul des empreintes étant ce qu’il est, il faut le prendre comme un indicateur et non comme un calcul exact.  Pour l’instant, on considère que l’empreinte individuelle supportable est de 2 Hag par personne, alors que la surface bioproductive totale est de 11.9 milliards de Hag.  La population étant de 8 milliards à l’heure actuelle, on  arrive donc, toute chose restant égale par ailleurs,  à un chiffre supportable de 5.95 milliards de personnes, pour autant que l’on arrive à cette empreinte moyenne.

Bien sûr, on devine que l’empreinte globale d’un humain pauvre est inférieure à celle d’un humain riche. Mais ce n’est pas aussi simple. Les pauvres ne demandent qu'à consommer davantage, comme le prouvent l'Inde et la Chine.  Et les personnes désespérément pauvres ont aussi  un impact sur notre environnement : elles abattent les forêts pour produire de la nourriture, assèchent les rivières, épuisent les aquifères et pratiquent la surpêche et la surchasse dans leur région. On voit d’ailleurs que la Chine est le pays qui laisse l’empreinte écologique la plus forte et de loin, alors que l’empreinte par habitant est plutôt faible. Et l’on voit que l’empreinte individuelle laissée par les habitants de pays à faible revenu est supérieure à la limite supportable calculée.  Nous touchons ici un point capital. Même en considérant que le calcul de l’empreinte écologique est pessimiste, ceci démontre que la solution de l’abaissement important de l’empreinte des pays riches ne suffirait  pas à résoudre les problèmes écologiques causés par l’humanité. 

Un autre point non négligeable est le fait que les agressions écologiques que nous commettons ont un effet amplificateur sur la surface bioproductive. Le réchauffement met la pression sur les surfaces cultivables, sur la capacité des océans à fournir de la nourriture, et sur l’accès de plus en plus limité à l’eau douce. L’empreinte écologique supportable est donc d’ores et déjà en train de baisser, alors que nous nous contentons de ralentir l’accélération de la population et de la production de gaz à effet de serre.

Autre point inquiétant et mesuré récemment, c’est l’accélération du réchauffement climatique et de la disparition des espèces que l’on constate aujourd’hui. Cette accélération montre  que le calcul de l’empreinte écologique est peut-être trop optimiste… Il est extrêmement vraisemblable que des boucles de rétroaction positive amplifient la réaction du milieu aux changements que nous y apportons.

Alors, oui, la surpopulation est bien un problème réel, et Malthus avait raison…

La solution impossible

Si la surpopulation est un problème, la solution est simple à formuler. Il faut baisser le nombre d’humains sur terre… Si on veut baisser le nombre d’humains de manière volontaire mais douce, il n’y a pas d’alternative, il faut baisser le nombre de naissances. Les autres méthodes, que je détaillerai plus loin, sont plus brutales et douloureuses.

Déjà dans les années 70, certains nous avaient prévenus, comme Meadows,  Dumont et bien d’autres. Et la Chine avait semble-t-il compris la nécessité de baisser la population avec la mise en place de la politique de l’enfant unique en 1980. Ensuite, d’autres ont également lancé des alertes, comme Christian De Duve, prix Nobel 1974.

On voit que l’on est loin d’une politique de régulation des naissances.

Ci-dessous, les projections ONU 2017 : population actuelle et prévue, variante médiane. Et s’agissant de la variante médiane, il existe donc une autre variante plus pessimiste, et une autre, plus optimiste. A noter que chaque révision des projections a conduit à une projection plus pessimiste que la précédente.  

variante médiane

en 2017

en 2050

Continent

millions

%

millions

%

Afrique

1256

16,6 %

2528

25,9 %

Asie

4504

59,7 %

5257

53,8 %

Europe

742

9,8 %

716

7,3 %

Amérique latine et Caraïbes

646

8,6 %

780

8,0 %

Amérique du Nord

361

4,8 %

435

4,4 %

Océanie

41

0,5 %

57

0,6 %

Monde

7550

100 %

9772

100 %

On note toutefois qu’en Europe, surtout dans les anciens états de l’ex URSS et de ses satellites, la natalité a diminué, voir graphique ci-dessus. Les raisons évoquées sont la cherté de l’éducation et la crainte de l’avenir. Il y aurait à réfléchir à ce sujet, il y en a vraisemblablement d’autres non avouées.

Il semble donc acquis que la solution de la baisse des naissances concertées est illusoire. Ce qui est compréhensible, si l’on considère le processus de la sélection naturelle dans l’histoire humaine.

Le moteur de la sélection naturelle, c’est la sélection du plus apte à survivre et se reproduire. Survie et reproduction, voici les mots. Il ne s’agit pas de raison, d’intelligence ou de morale, mais simplement de la survie et de la reproduction de l’individu.

Or, les humains ont radicalement changé le milieu dans lequel ils vivent sur une période particulièrement courte. La sélection naturelle, phénomène lent quant à lui, n’a pas eu le temps de jouer. Il s’ensuit que l’individu résidant dans une ville moderne et le !Kung San chasseur cueilleur du Kalahari partagent les gènes du même pool. Et les comportements sont donc du même type.  Se  reproduire et consommer dès que possible. Pour le San qui vit dans des conditions difficiles et qui vit dans un environnement naturel qu’il n’a pas changé, la durée de vie est  très inférieure à celle du citadin et les calories disponibles dans son milieu sont rares. La sélection a donc favorisé les comportements reproductifs et la consommation immédiate de tout ce qui est disponible. Et c’est le même type de comportement qui sera celui du citadin, dans une certaine mesure, alors que la nourriture est abondante et la durée de vie individuelle de plus en plus longue.  Il me semble d’ajouter que tout dans les médias et réseaux sociaux est basé sur l’image et sur l’instantanéité, sans aucun esprit critique, en jouant uniquement sur l’émotion et non sur la raison. Ce qui favorise la récompense immédiate, que ce soit l’achat ou la polarisation politique. Mais cela mérite une analyse bien plus détaillée.

Ajoutons donc à la surpopulation la consommation excessive des habitants des pays riches. Et plus l’on consomme, plus la production, le transport et la distribution en amont utiliseront de l’énergie et des intrants. On investit donc, par exemple, toujours beaucoup dans les sources d’énergie à base de carbone. Bien loin des bonnes résolutions affirmées.

Résumons alors les comportements à adopter, finalement assez simples à formuler : Il faudrait donc être moins nombreux à vivre plus simplement… Tiens, il me semble que je l’ai déjà écrit plus haut…

En conclusion provisoire,  je dirais donc qu’il est extrêmement peu probable que la population mondiale diminue de manière rapide et volontaire et que l’empreinte écologique individuelle des habitants des pays riches diminue fortement pour les mêmes raisons. Eliminons donc cette solution, bien qu’elle soit souhaitable. Mais alors, quel autre scénario pour le futur ?

Un peu de futurologie

Ce qu’il y a de bien dans la futurologie, c’est la belle constance des futurologues à se tromper complètement… Je me devais donc de m’y mettre moi aussi afin de prédire un scénario pour le futur..

Et donc, je le répète, je ne vois rien  dans le futur proche qui m’indique une tendance à une diminution volontaire de la population, pas plus que je ne vois une volonté de consommer moins dans les pays riches… Alors, la planète étant ce qu’elle est, l’effondrement prévu par les Meadows dans leur rapport me semble inévitable à terme. Et si la diminution de la population ne se fait pas sur base volontaire, il faudra donc obligatoirement que cette diminution se fasse suivant d’autres paramètres. Retour à la société naturelle de Malthus et aux rétroactions observées et bien connues.

La famine.

Bien sûr, les famines ont presqu’entièrement disparu à l’heure actuelle. Cette disparition  très récente est due à l’augmentation de la production vivrière grâce au progrès scientifique et à la mondialisation des échanges. Mais les changements que nous apportons à la biosphère, notamment par la production de gaz à effet de serre,  vont inévitablement réduire la production agricole. Il y a également d’autres causes à une diminution de l’offre vivrière. Notons que cette production n’est pas toujours à l’endroit où la population est nombreuse.  Et que le transport de cette production peut également poser des problèmes. Je viendrai sur les causes plus loin. Il y aura donc dans ce cas un accroissement important des décès pour cause de famine, ce qui diminuera la population des endroits concernés.

Les épidémies.

Si les épidémies ont connu un formidable ralentissement durant le 20ème siècle, elles sont néanmoins toujours possible, on se rappellera le covid toujours présent.  Et si elles ont diminué, c’est encore et toujours grâce au progrès de la science,  de la technique et de mondialisation des échanges. Mais l’effondrement prévisible du modèle économique actuel ne permettra pas de mettre au point, produire et acheminer aisément les médicaments et autres produits médicaux. Il y aura donc un accroissement important des décès pour cause d’épidémie, ce qui diminuera la population des endroits concernés.

La violence.

On pense souvent en premier lieu à la guerre et au terrorisme, surtout à l’heure actuelle. Les guerres au Yémen, en Ukraine, ou encore la situation en Palestine et leur médiatisation y font inévitablement penser. Toutefois, il faut bien cyniquement constater que le nombre de morts est relativement faible, et n’est pas suffisant pour amener une diminution significative de la population. Mais les dommages infligés à la terre et à l’agriculture, tout comme les dommages causés à la production industrielle et aux transports sont bien plus importants et sont source de disette. Ainsi, les mines et les destructions  en Ukraine pourraient diminuer l’offre de farine. Le transport de cette farine pourrait être perturbé par des actions militaires ou terroristes.  Certains pays, surtout africains, dépendent de cette farine pour nourrir leur population. Ce qui nous ramène à la famine et à la diminution de la population qu’elle engendre. Mais ces famines vont aussi engendrer de la violence.

Un premier échelon dans la violence reste les émeutes et les pillages. Je ne sais s’ils sont plus nombreux qu’auparavant, mais on voit que dans les pays les plus pauvres,  comme Haïti, ces émeutes et pillages sont relativement fréquents. Les difficultés d’accès à la nourriture entrainent  ces émeutes et ces violences. Mais elles ne suffisent pas en tant que telless à réduire significativement la population à l’heure actuelle. Il est donc très vraisemblable que le niveau de violence va augmenter significativement.

Actuellement, le procédé le plus efficace en matière de violence reste le massacre de masse, dont fait partie le génocide.  Le pourcentage de population assassinée durant un massacre de masse est bien plus important que les pertes humaines directes dues à la guerre. Souvent, on qualifiera de génocide les massacres, qu’ils soient des génocides stricto sensu ou non.  Mais on s’aperçoit que le plus souvent (mais pas toujours, voir les génocides en Allemagne et en Arménie),  une des causes est la surpopulation et les problèmes d’alimentation,  de propriété, d’envie  et de jalousie qu’elle occasionne. Il est vraisemblable que les massacres de masse augmentent significativement et s’accélère, à l’aide des boucles de rétroaction. Ainsi, la mobilisation de groupes  se sentant victimes  entraîne l’intensification du sentiment de victimisation et, dans une boucle de rétroaction, une colère croissante. Et cette boucle continue de plus en plus jusqu’à une colère éventuellement meurtrière. Regardez par exemple les débordements de manifestations au départ pacifiques. Il est donc possible que les massacres de masse soient plus nombreux,  que leur violence s’amplifient  dans une  boucle de rétroaction destructrice entrainant une diminution importante de la population.

Je vois donc qu’il est possible et même probable que le futur soit fait de problèmes d’alimentation, de manque d’eau, de difficultés à accéder aux ressources et que les procédés habituels seront d’application, sachant que le progrès scientifique et technique rendra la violence encore plus destructrice. La séquence est évidente, difficultés d’accéder aux ressources, sauf pour une minorité, famine, colère, violence, violence en retour, boucle de rétroaction et violence aveugle.

Mais bon, ceux qui prédisent l’avenir se trompent sans cesse. Nous vérifierons donc ultérieurement…

 

 

Petite bibliographie incomplète.

 

 Pinker, état du monde https://www.ted.com/talks/steven_pinker_is_the_world_getting_better_or_worse_a_look_at_the_numbers/transcript?language=fr

 

Empreinte écologique https://atlasocio.com/

Population https://www.un.org/fr/

Surpopulation, Malthus, extinctionhttps://www.wikipedia.org/

Empreinte écologique https://www.footprintnetwork.org/resources/footprint-scenario-tool/

Rapport Meadows  https://jancovici.com/recension-de-lectures/societes/rapport-du-club-de-rome-the-limits-of-growth-1972/

Réchauffement climatique. https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-rechauffement-climatique-accelere-rythme-precedent-105725/

Extinction des espèces https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/le-dangereux-declin-de-la-nature-un-taux-dextinction-des

Boucles de rétroaction, climat. https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/climatologie-retroaction-13071/

Boucles de rétroaction, violence ; https://www.cairn.info/revue-negociations-2015-2-page-157.htm

 

 

 

 

 

 

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Le port de la passoire protège-t-il de la Covid ?

16 Janvier 2022, 11:19am

Publié par Victor Bonjean

Qu’il est commode d’être un animal raisonnable, qui connait ou invente un prétexte plausible pour tout ce qu’il a envie de faire ! Benjamin Franklin

Ces derniers temps, les réseaux sociaux s’agitent beaucoup autour de la question des vaccins contre le coronavirus. Les déclarations lapidaires des uns et des autres volent dans tous les  sens, chacun accusant l’autre de multiples erreurs, mensonges et, bien évidemment, de stupidité. Et je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec une petite histoire dans laquelle j’ai été le principal acteur. En effet, il y a quelques années, lorsque j’ai présenté à l’administration communale une photo de moi portant une passoire en guise de couvre chef afin de l’apposer sur ma nouvelle carte d’identité, cela me fut refusé. Ce petit incident me valut une publicité journalistique imméritée  et heureusement éphémère à l’époque. Bien que cela ne soit pas nécessairement évident à première analyse, les deux évènements ont néanmoins des points communs qui me paraissent intéressants à commenter.

En effet, si les situations semblent complètement différentes, les réactions sont parfois (et même souvent)  étonnamment similaires dans le chef des opposants  et des partisans du port de la passoire et dans celui des pros et anti vaccins. Dans les deux cas, on se passe allègrement d’une analyse rationnelle et l’on se contente d’accuser les pastafariens ou les pro-vaccins de stupidité et de bêtises. J’ai d’ailleurs entendu pire à mon sujet… Si l’on s’en tient à un discours purement rationnel, la situation est pourtant simple. Mais j’y reviendrai plus tard et me concentrerai d’abord sur les mécanismes de décision des anti-vaccins et des anti-pastafariens. On verra d’ailleurs que les mécanismes mentaux  des pro-vaccins et des pastafariens sont souvent les mêmes que ceux des antis….

Mais commençons par le commencement. J’utiliserai le plus de références possibles pour justifier mes propos. Afin de rester lisible et de pouvoir être contrôlé aisément, je m’en tiendrai à des références internet, quitte à simplifier exagérément le propos.

La sélection naturelle.

Et voyons d’abord d’où proviennent nos comportements. Nos comportements sont guidés par la sélection naturelle. Seuls les individus qui survivent et se reproduisent transmettent leurs gènes à leur descendants et ce sont ces gènes qui sont alors sélectionnés  pour être reproduits à la génération suivante, puis la suivante,  etc.... Les gènes des individus qui meurent avant de s’être reproduits sont donc définitivement perdus. En conséquence, peu importe que le comportement soit rationnel ou éthique. L’important est qu’il soit compatible avec le seul critère de la survie et reproduction. L’évolution n’a en effet aucune intentionnalité, et ce n’est pas sans importance, nous le verrons plus loin …

https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9lection_naturelle

La punition et de la récompense.

Mais pourquoi nous comportons-nous de telle ou telle façon ? Qu’est-ce qui fait que nous choisissons une stratégie plutôt qu’une autre dans une situation donnée ? En fait, la réponse  est assez simple si l’on s’en tient au seul mécanisme de base. Nous fonctionnons en cherchant les récompenses et en évitant les punitions autant que possible. Ce système est présent chez les mammifères et vraisemblablement chez tous ce qui possède un système nerveux. Ce système de « récompenses » est indispensable à la survie, car il fournit la motivation nécessaire à la réalisation d'actions ou de comportements adaptés, permettant de préserver l'individu et l'espèce (prise de risque nécessaire à la survie, recherche de nourriture, reproduction, évitement des dangers, etc.). Évidemment, cela complique quelque peu la situation, car il faudra  trouver les comportements qui activent ces mécanismes…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_r%C3%A9compense

https://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/d_03/d_03_cr/d_03_cr_que/d_03_cr_que.html

 

Pensée rapide et pensée lente

Tentons alors de préciser un peu plus la manière dont nous opérons nos choix.  Nous sommes constamment en train de classer les choses dans notre tête, faire des corrélations, chercher des analogies pour construire des explications et des scénarios cohérents. C’est de cette façon que notre cerveau ordonne les informations qu’il reçoit.    Mais, et c’est extrêmement important, ni la quantité ni la qualité des preuves n’influencent notre confiance dans ces récits. La confiance qu’ont les individus en leurs croyances dépend largement de la qualité de l’histoire qu’ils pourront façonner autour de ce qu’ils voient, même s’ils en voient peu.

C’est un point crucial pour expliquer les comportements des pros et des antis,  et  c’est là que le concept de la pensée rapide et de la pensée lente intervient. Il nous en est en effet difficile de changer d’avis sur nos croyances, parce que ce n’est pas naturel: notre cerveau n’a pas évolué pour ça. Il est plutôt équipé pour fonctionner à grande vitesse (pensée rapide) de manière à prendre des décisions à chaque seconde de notre existence. Alors que pour réfléchir (pensée lente) il faut faire un effort. Or, notre cerveau fonctionne d’abord sur le principe de la loi du moindre effort, pour d’évidentes raisons d’utilisation des ressources en énergie, aussi rares que couteuses dans un environnement dangereux. Notre cerveau, c’est 2 à 5 % à peine de notre masse corporelle, mais 20 % de l’énergie que nous consommons et 80 % de l’oxygène que nous absorbons. Le faire fonctionner est donc très coûteux, et nous avons besoin de mécanismes qui automatisent le traitement de l’information et lui facilitent la tâche afin de réduire les couts tout en conservant l’efficacité nécessaire. Nous prenons des décisions à chaque seconde qui passe, et toutes ne peuvent pas faire l’objet d’un raisonnement analytique. Dans la majorité des cas, ces automatismes nous permettent de prendre les « bonnes » décisions, soit celles qui nous maintiennent en vie et nous permettent de nous reproduire. Mais dans une minorité de cas, ils nous amènent à nous tromper. Et presque toujours, ils nous empêchent de changer nos croyances, vu l’effort nécessaire pour y arriver (pensée lente) et le peu d’intérêt de la chose si notre survie n’en semble pas affectée. D’autres raisons nous poussent également à conserver nos croyances, j’aborderai le sujet plus loin.

Notre attitude émotionnelle envers des choses telles que les changements climatiques, l’immigration, l’énergie nucléaire, les vaccins ou les trottinettes électriques nous fera donc évaluer différemment le rapport bénéfices /risques sans analyse plus poussée. Si vous détestez l’une ou l’autre de ces choses, vous jugerez que les risques sont élevés et que les bénéfices sont négligeables. Peu importe en l’occurrence que ce soit vrai ou faux. Nous avons une confiance excessive en ce que nous croyons savoir, et il nous est difficile d’accepter notre ignorance et l’incertitude du monde dans lequel nous vivons. Nous sommes prompts à surestimer la quantité de ce que nous comprenons. Nous sommes donc « manipulés » par cette pensée rapide… Toutefois, si elle nous amène parfois à nous tromper, le rapport cout/bénéfice reste globalement positif. Il a donc été « retenu » par le mécanisme de l’évolution. Mais je vais détailler un peu plus ce point à l’aide d’un outil particulièrement intéressant.

https://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2013/07/02/votre-cerveau-rapide-pour-science

https://www.blog-lecerveau.org/blog/2011/06/13/deux-systemes-de-pensee-dans-le-meme-cerveau/

 

La cognition culturelle

http://www.culturalcognition.net/

La cognition culturelle fait référence à la tendance des individus à conformer leurs croyances sur des questions de fait qui font l’objet de controverses (par exemple, si les humains sont à l'origine du réchauffement climatique ; si la peine de mort dissuade le meurtre ; si le contrôle des armes à feu rend la société plus sûre ou moins…) aux valeurs qui définissent leur identité culturelle.

L’analyse de Dan Kahan, qui est à l’origine de ces études,  est sans doute contre intuitive et dérangeante, mais elle ne manque pas d’intérêt, son pouvoir explicatif et prédictif étant manifeste. En résumé, on adhère à une conviction non pour exprimer ce que l’on sait, mais pour exprimer ce que l’on est. Donc, nos convictions sont bien plus des symboles d’allégeance culturelle (pensée rapide) que des convictions basées sur une analyse rationnelle (pensée lente). Le texte et le tableau ci-dessous démontrent bien ce fait, ils sont tirés de la page web

 http://www.culturalcognition.net/motivated-system-2-reasoning-m/?SSScrollPosition=0

La question suivante a été posée à des participants à une étude sur la cognition culturelle : « quels est à votre avis l’importance du risque que les changements climatiques posent, en matière de santé, sécurité et prospérité des humains ? »  Le panel était composé de personnes à droite et à gauche de l’échiquier politique, mais également  de différents degrés d’instruction.

Le SCT (social cognitive theory) https://www.sciencedirect.com/topics/medicine-and-dentistry/social-cognitive-theory a été utilisé pour prédire les réponses que devraient donner les participants. Selon le modèle, les gens de gauche (communautaristes) devraient penser généralement que les changements climatiques poseront des problèmes. Et plus ils seront éduqués, plus ils seront conscient du risque. La marge de progression est toutefois faible, car même peu éduqués, ils pensent que le changement comprend des risques. Pour les gens de droite (individualistes), on va évidemment penser que les moins éduqués ne croiront pas aux risques mais que les gens éduqués vont utiliser leurs connaissances et leur raison pour considérer qu’il y a un danger dans le changement climatique. Le graphique de gauche montre que si pour les gens de gauche, le graphique est très semblable au graphique prédictif, il n’en est rien pour les gens de droite. Au contraire, les individualistes éduqués pensent même que le risque est plus faible que les individualistes moins éduqués. Ce qui est vraiment contre intuitif et peu rationnel, mais démontre incontestablement la primauté des valeurs sur la raison dans l’adhésion à une thèse…

http://static1.1.sqspcdn.com/static/f/386437/27719795/1508136201760/ncc_eio.png?token=9POkWPRjSq7xvJuYJRbkTI%2BJYas%3D

Deux autres exemples particulièrement intéressants, que je me contenterai de citer, en encourageant toutefois le lecteur à les lire attentivement.

https://www.vox.com/2014/4/6/5556462/brain-dead-how-politics-makes-us-stupid

https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2011/12/i-was-wrong-and-so-are-you/308713/

On le voit, une conviction donnée peut devenir une valeur sacrée, plus forte que la raison. Prenons par exemple les personnes anti vaccins, dont certaines ont un niveau intellectuel élevé, ce qui est également contre intuitif. Si l’on s’en tient aux découvertes expérimentales de Kahan,  La principale raison pour laquelle certains n’acceptent pas les explications scientifiques de  l’effet positif du vaccin n’est pas tant qu’ils ne comprennent pas ces dernières. Mais leurs positions sur le vaccin traduisent des valeurs. L’analyse de ces valeurs sera faite plus tard, mais elles sont manifestement en relation avec un sentiment sous-jacent de méfiance et d’inquiétude, voire de peur.

Mais continuons à être contre-intuitifs, et même à paraitre provocateur … Adhérer à des croyances qui ne résistent pas à l’examen des faits n’est peut-être pas si irrationnel, en fin ce compte. Le fait de ne pas prendre de vaccin pour une personne jeune et en bonne santé ne présente pas un grand risque. (Mais ce risque n’est pas nul, loin de là. La perception de ce risque peut être faussée, surtout chez les personnes moins éduquées). Par contre, elle lui fournira l’estime de ses pairs anti-vaccins. Et donc, il confirmera son importance au sein du groupe. La perception de la balance bénéfices/risques lui est favorable…C’est ce que Kahan appelle la « tragédie des croyances communes ». Ce qu’il est rationnel pour un individu de croire (eu égard à l’estime dont il jouira dans son groupe) peut être irrationnel pour le corps social dans son ensemble (eu égard à la réalité des faits).  Et ce qui est valable pour le comportement des anti-vaccins l’est aussi pour les changements climatiques, les religions, les sectes, les convictions politiques… J’y reviendrai.

Intentionnalité et scénarios.

Un apport important de la science a été de réfuter l’intuition (souvent, les découvertes scientifiques sont contre-intuitives, voir plus haut la pensée rapide) selon laquelle l’univers serait saturé d’intentionnalité. Selon cette intuition, si des malheurs se produisent, c’est qu’un agent l’a voulu. On peut alors désigner et punir un individu, sacrifier une jeune vierge et à défaut, on pourra toujours se consoler en réalisant un pogrom ou en brûlant une sorcière. Galilée, Newton et Einstein ont fort heureusement remplacé cette lamentable vision du monde par un univers mécanique et déterministe. Et depuis, la découverte de l’entropie nous a appris qu’il y avait bien plus de chance de voir les choses mal se passer que d’avoir de bonnes surprises…  Bref, l’univers est indifférent et ne se préoccupe en aucune manière de notre sort.

Mais, même si nous avons la capacité de comprendre cette indifférence de l’univers, notre cerveau est modelé par la sélection naturelle. Et l’évolution n’a rien d’intentionnel. Comme précisé dès le départ, la compétition entre gènes fait que les gènes qui ont évincés leurs rivaux se retrouvent dans la génération suivante d’individus. Et le processus est lent. Nos capacités cognitives, émotionnelles et autres sont adaptées à la survie et à la reproduction dans un monde archaïque et non dans la société moderne dans laquelle nous vivons. En effet, les changements accomplis dans la compréhension et la transformation de notre monde sont infiniment plus rapides que la  faculté d’adaptation de nos cerveaux par la sélection naturelle.

La première raison qui nous pousse à être complotiste ou à rejeter un concept qui nous dérange est donc lié à l’évolution du cerveau.  Il y a longtemps, alors qu’il était encore chasseur-cueilleur,  l’Homo sapiens vivait dans un monde dangereux, rempli de créatures hostiles, quelles soient humaines ou autres. Le risque d’être tué était donc beaucoup plus élevé qu’il ne l’est de nos jours. Il s’ensuit que nous sommes tous des animaux inquiets, cette inquiétude nous poussant à des comportements augmentant nos chances de survie.  Donc, ceux d’entre nos ancêtres qui savaient détecter et estimer les dangers avant qu’ils ne se manifestent avaient un avantage sur les autres. C’est donc un trait qui a été favorisé par  l’évolution. Prenons par exemple un jeune chasseur cueilleur dans la savane, il y a 200.000 ans. Il est à proximité d’un arbre rempli de fruits murs. A distance se trouve un lion, grand prédateur de chasseurs cueilleurs. Il va falloir calculer le rapport danger/bénéfices d’une éventuelle tentative de manger des fruits. Se nourrir ou fuir ? Admettons qu’il choisisse de tenter d’atteindre les fruits car il estime que le danger est très faible. S’il se trompe, il peut être mangé par le lion et ses gènes ne seront pas transmis. Mais s’il a raison, il aura accumulé de l’énergie qui va l’aider à survivre et plus tard, à se reproduire. . La question est alors de savoir ce qui se passe dans le cerveau pour que l’on puisse estimer le danger ? Quel est ce mécanisme qui va permettre à un individu de survivre ?

Ce qui va se passer dans le cerveau, c’est que nous allons donner un sens au danger.  Dans une situation qui provoque de la peur, comme chez ce jeune cueilleur, l’amygdale notre cerveau s’active.  Le cortex temporal médian de notre cerveau se met à la recherche de la cause de ce qui nous menace. Il  essaie automatiquement de donner un sens à la situation en élaborant un scénario.. Cependant, dans cette recherche de sens, comme nous l’avons vu plus avant dans le texte, notre cerveau nous oriente parfois vers des interprétations erronées, et peut-être le jeune cueilleur estimera-t-il à tort que le lion est trop loin pour le voir. Fin du jeune homme qui n’est donc pas un de nos ancêtres et dont les gènes sont perdus à tout jamais…

Reprenons le récit de manière plus générale, après l’exemple de ce jeune disparu. A son époque, l’Homo sapiens vivait dans un monde où les dangers étaient monnaie courante. Ceux d’entre nos ancêtres qui savaient rapidement détecter ces dangers, et donc aussi les complots avaient un avantage sur les autres. C’est donc un trait qui a été favorisé dans l’évolution.  Le risque d’être tué par des tribus hostiles était en effet beaucoup plus élevé qu’il ne l’est de nos jours, dans une société où les guerres se sont raréfiées. Ou il pouvait aussi y avoir un complot à l’intérieur de la tribu, pour des raisons de statut et de pouvoir… Mais la société a bien changé depuis la préhistoire et les dangers sont bien moindres que dans le passé, les complots sont un peu moins courants et en tous cas, peu susceptibles de nous tuer dans la majorité des cas. Même si le danger est toujours présent, il est donc bien moindre que dans une société archaïque...

https://swap.stanford.edu/20090728163300/http%3A//www.humansecurityreport.info/

https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwiHpKGt_ez0AhWL26QKHdKfCvIQFnoECCIQAQ&url=https%3A%2F%2Freliefweb.int%2Fsites%2Freliefweb.int%2Ffiles%2Fresources%2FHSRP_Report_2013_140226_Web.pdf&usg=AOvVaw1fKV6SHjgfjC_-CDgai2VI

 

Cette transformation de la société vers une plus grande sécurité s’est accélérée depuis 12 000 ans, et encore plus dans les cent dernières années. Mais c’est peu sur l’échelle de l’évolution. En conséquence, nos cerveaux n’ont pas  eu le temps d’évoluer vers une meilleure adaptation. Dans une situation de danger, le réflexe de bien des gens est alors de se mettre à la recherche de complots potentiels. Lorsque la cause de ces complots n’est pas claire, le cerveau préfère croire que la cause est intentionnelle plutôt qu’accidentelle, comme je viens de le détailler. En d’autres mots, il refuse de croire aux hasards. Nous pouvons nous préparer à nos ennemis, mais nous ne pouvons pas nous préparer face au hasard. C’est ce qui explique ce refus de l’évidence chez le complotiste.

A contrario, nous sommes aussi des animaux sociaux, et la vie en société nécessite aussi de faire confiance à ceux de notre tribu ou groupe. Nous sommes fragiles et notre espérance de vie serait infiniment plus faible si nous étions des animaux solitaires, toutes choses étant égales par ailleurs. Donc, les deux comportements sont inscrits en nous. Et dans la population,  il y a donc des individus qui représentent toutes les configurations entre le parfait paranoïaque et le crédule extrême. Pire, le même individu peut être paranoïaque sur certains sujets et crédule sur d’autres. La vie n’est décidément pas simple…

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1761625/cerveau-conspirations-complots-covid-19

Le biais de confirmation, l’information biaisée.

Nous nous sommes donc forgés une conviction, et la manière de faire a été détaillée. Mais pourquoi refusons-nous de la questionner et pourquoi est-il si difficile d’en changer ?  J’ai abordé le sujet plus haut, mais il mérite d’être un peu plus précisé. C’est donc du à la manière dont nous traitons l’information et la conséquence de ce qui a été énoncé ci-dessus… Et la psychologie cognitive nous livre quelques explications sur les biais qu’induit notre pensée rapide. Le biais de confirmation consiste à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues. Tandis que les jugements biaisés consistent à déceler des failles  dans les preuves qui contredisent nos positions, alors que nous acceptons sans contrôle ce qui conforte notre position.

Ainsi, dans une étude devenue un classique, trois scientifiques, Charles Lord, Lee Ross et Mark Lepper, ont recruté quarante-huit étudiants américains de premier cycle qui, soit soutenaient fermement la peine de mort, soit s'y opposaient tout aussi fermement. Ils leur ont présenté deux études scientifiques ; l'une offrait des preuves de l'efficacité de la peine capitale, tandis que l’autre était truffé de données qui montraient son inefficacité. En réalité, les études avaient été fabriquées et ne correspondaient aucune aux faits. Lord, Ross et Lepper les avaient inventés, mais les étudiants ne le savaient pas. Les étudiants ont-ils trouvé les études convaincantes ? Pensaient-ils que les données fournissaient de bonnes preuves ? Ils n’y ont cru que lorsque l'étude a renforcé leur point de vue original. Les étudiants qui soutenaient la peine capitale pensaient que l'étude qui démontrait son efficacité était bien menée. Dans le même temps, ils ont fait valoir que l'autre étude était mal exécutée et peu convaincante. Ceux qui étaient à l'origine contre la peine capitale ont évalué ces mêmes études dans l'autre sens. Et le débat entre les pros et les antis s’est montré violent verbalement, et donc polarisant…En conséquence, les partisans de la peine de mort ont quitté le laboratoire en étant encore plus favorable à la peine de mort, tandis que ceux qui s'y opposent y étaient encore plus hostile… Cette fascinante conclusion montre bien que le débat contradictoire est plus souvent source de polarisation que le contraire. Et l’on comprend alors mieux pourquoi les choses auraient plutôt tendance à s’envenimer dans le débat actuel sur les vaccins…

https://www.newageislam.com/spiritual-meditations/marty-kaplan/the-most-depressing-discovery-about-the-brain-ever/d/56006

https://psycnet.apa.org/record/1981-05421-001

https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation

Polarisation du débat.

Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui avant, ne parlaient qu'au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd'hui, ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel ». Umberto Eco

On vient de le voir, le débat se polarise de plus en plus. Les réseaux sociaux n’y sont évidemment pas étrangers, mais certaines chaines de TV et certains journaux privilégient la distraction et le clash dans le débat plutôt que la réflexion. Et il n’y a pas que Foxnew, c’est le cas aussi dans notre vieille Europe… Toutefois, les débats me semblent avoir été toujours forts et polarisants dans toutes les époques. C’est le nombre d’interlocuteurs possibles qui a changé avec l’augmentation de la population et des moyens technologiques… Mais je manque de données pour éclaircir ce point.

https://www.pewresearch.org/politics/2014/06/12/political-polarization-in-the-american-public/

https://carnegieendowment.org/2019/10/01/how-to-understand-global-spread-of-political-polarization-pub-79893

https://atlantico.fr/article/decryptage/voila-ce-que-l-etude-de-la-polarisation-politique-grandissante-de-la-societe-americaine-peut-nous-apprendre-sur-notre-propre-avenir-etats-unis-france-levi-boxell

Étude de cas

Mais essayons donc d’analyser le cas de l’anti vaccin en le confrontant à l’analyse développée ci-dessus. On pourrait appeler cela :

Itinéraire d’un apprenti anti vaccin.

Prenons l’exemple d’un individu habitant en Belgique. Il a une TV et une connexion internet. Il a une tendance à la méfiance, surtout à l’égard de ceux qu’il appelle « les élites » et il conforte sa méfiance par un usage fréquent de Facebook où il fait partie de groupes dans lesquels les individus partagent sa méfiance. Comme à peu près tous les belges, il est inquiet de la propagation du coronavirus, dont il ne connait pas la dangerosité. Lorsqu’il se voit proposer un vaccin réalisé rapidement en se basant sur une technique relativement récente et qu’il ne comprend pas, l’apprenti antivax  se méfie. On peut le comprendre. Se faire injecter une substance révolutionnaire inconnue et aux effets supposément importants dans le corps alors qu’elle a développée et testée sur un laps de temps très court peut sembler digne de méfiance…Et notre apprenti est en effet plus méfiant que la moyenne, caractéristique léguée par l’évolution. Il va rapidement se faire une opinion, (pensée rapide).  Et cette opinion sera « je n’en veux pas » ou encore « je préfère attendre que l’innocuité soit prouvée à long terme ».  Pour lui, vaccination est donc synonyme de punition. Et il va parcourir le web et les réseaux sociaux comme à son habitude. Il y trouvera des alliés et des argumentations qui confortent sa méfiance. Son scénario était donc pour lui le bon, biais de confirmation oblige. Il va aussi voir les remarques de ses adversaires,  et il analysera alors rapidement leur argumentation en y décelant des failles quoi qu’il arrive, même si ces failles sont manifestement imaginaires ; Il va biaiser l’information. … Et plus il y aura de contradictions chez ses adversaires, plus le débat se polarisera et plus la raison s’éloignera de l’apprenti, de ses partisans et de ses adversaires… Rappelons-nous les étudiants et la peine de mort.

On notera qu’un scénario similaire peut également se produire dans le cas d’un apprenti anti vaccin. Si l’on remplace « méfiance devant le vaccin inconnu » par « crainte immodérée de la maladie ou nosophobie », on aura le même processus mais avec vaccination comme récompense…  Mais tous les anti-vaccins ne sont pas nosophobes (ou crédules ou ayant une confiance immodérée dans les « élites », etc…), et certains peuvent aussi adopter un autre comportement…

Mais alors, quel est donc ce comportement?

Et si nous utilisions la raison ? La raison, je le rappelle, est une fonction du psychisme, permettant aux humains de connaître ou de comprendre la complexité des phénomènes qui leur parviennent par l'entremise des sens, de saisir les rapports de causes à effets entre ces phénomènes, de les vérifier,  puis d'en tirer les enseignements dans la perspective d'une action .   Comment pourrait-on utiliser cette raison pour juger une proposition, par exemple, le rapport cout/bénéfice d’un vaccin? Peut-être par un scepticisme que je voudrais qualifier de trivial. Mais le terme pouvant être mal interprété, ce sera donc :

Plaidoyer pour un scepticisme modeste.

Et pour ce plaidoyer, pourquoi ne pas se référer à David Hume, ce philosophe du 18ème siècle ? La phrase-clé du raisonnement qu’il propose est la suivante : « Quels arguments me donnez-vous pour qu’il soit plus rationnel de croire ce que vous dites plutôt que de supposer que vous vous trompez ou que vous me trompez ? » Supposons, dit Hume, que, comme c’est le cas pour la plupart des gens, vous n’ayez jamais vu un miracle vous-même, mais que vous ayez simplement entendu des gens vous rapporter (par exemple via la Bible) l’existence de miracles. Est-il rationnel d’y croire ? Non, répond Hume, parce que vous savez, par votre expérience personnelle, qu’il existe des gens qui se font des illusions ou qui cherchent à tromper d’autres personnes. Par contre, un miracle, vous n’en avez aucune expérience personnelle. Par conséquent, il est plus rationnel de croire que le fait que vous entendiez un récit de miracle s’explique en supposant que quelqu’un se trompe ou vous trompe plutôt qu’en supposant qu’un miracle s’est réellement produit. Aucun témoignage n’est suffisant pour établir un miracle à moins que le témoignage soit d’un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu’il veut établir. Soit dit en passant, ce n’est pas le cas. On peut donc dire que plus une affirmation  sort de l’ordinaire, plus les explications devront être crédibles et fortes.

Mais il y a malgré tout des limites à l’argumentation. L’ordinaire peut être trompeur. Prenons le cas de l’utilisation du paracétamol. Vous savez que son utilisation va diminuer le mal de tète dont vous souffrez. Soit par votre expérience personnelle, soit parce qu’il y a un consensus général et que beaucoup d’autres personnes l’utilisent à cette fin. Et vous estimez que vous pouvez vous satisfaire de l’explication après tout.  Vous utilisez alors votre pensée rapide pour un résultat satisfaisant à moindre dépense d’énergie et de temps. Et ce sera le cas pour beaucoup d’autres choix dans la vie ordinaire. Ainsi, je ne me méfie en aucune façon de mon boulanger quand j’achète son pain. Je n’imagine pas un instant qu’il puisse être empoisonné. Je rappelle que nous sommes des animaux sociaux et que la vie en société implique une certaine forme de confiance. Se méfier de tout peut-être contreproductif, et induire une dépense d’énergie inutile.

Mais, pour en revenir à mon mal de tête, d’autres personnes (et elles sont nombreuses) vont utiliser un remède homéopathique pour soigner leur mal de tête, quand ce n’est pas une imposition des mains d’un quelconque sorcier. Or, l’expérience montre que ces remèdes ne fonctionnent pas, malgré leur succès d’estime…  Il s’agit là de cas de cognition culturelle, développée plus haut. D’où l’importance de se rappeler ce que dit Hume : vous savez, par votre expérience personnelle, qu’il existe des gens qui se font des illusions ou qui cherchent à tromper d’autres personnes. Soyez donc méfiants, mais à bon escient.

L’autre danger d’une compréhension  superficielle du concept, ce serait de tomber dans le scepticisme absolu : le rejet de la raison  comme unique méthode d’explication du monde fait que toutes les explications se valent, et qu’aucune n’a la primauté sur l’autre. La raison ne serait alors valide qu’à l’intérieur du paradigme qu’elle a créé... C’est le piège dans lequel sont notamment tombés les postmodernes.  D’où l’intérêt du terme de modeste quant au scepticisme que nous devrions éprouver… Car les seules approches du réel qui permettent d’obtenir des résultats quantifiables sont la science et la raison. Ce sont les seuls outils à notre disposition. Les autres ne fonctionnent pas.

Et à propos du vaccin contre la Covid, si l’on met sur une balance d’un coté les arguments contre le vaccin et les arguments pour son utilisation, il ne faut guère de temps pour s’apercevoir que les arguments en sa faveur sont nettement supérieurs aux arguments contre…Mais je ne détaillerai pas, les infos sont disponibles et vérifiables.

https://cortecs.org/superieur/la-maxime-de-hume-et-le-poids-de-la-preuve/

Soit. Je viens donc d’exposer les mécanismes qui, selon moi, permettent d’expliquer les débats actuels et l’irrationalité qui les définit souvent. Mais je n’ai toujours pas abordé le port de la passoire et le pastafarisme…

Le pastafarisme est cette religion créée récemment selon laquelle le monde a été créé par le Monstre en Spaghetti Volant un jour où il avait trop bu de bière. Les arguments pour défendre cette vision ont exactement la même validité que ceux des religions moins récentes. Et d’un point de vue rationnel, comme celui que je viens de défendre, il n’y a aucun argument valide ni dans cette religion, ni dans les autres… Si l’on rejette l’une, il faut donc rejeter les autres. Sauf à refuser de raisonner…Aussi, lorsque je me suis fait photographier avec une passoire sur la tête en guise de couvre-chef religieux afin de la faire apposer sur ma carte d’identité, cette décision était aussi (mais pas plus) irrationnelle que la décision de porter un crucifix au cou, une kippa, un turban sikh  ou un voile… Cela me semblait évident, ce qui était manifestement de ma part une grossière erreur de jugement...

J’ai pu en effet constater chez certains une incompréhension du concept, mais aussi un rejet parfois vigoureux, le plus courant étant de me taxer de stupidité et de bêtise… Le plus frappant était que, parmi ces personnes, certains étaient cultivés, instruits et intellectuellement parfaitement capables de comprendre la démarche. Mais alors, que s’est-il passé pour qu’ils rejettent d’un revers de la main la démarche qui me semblait si transparente? Il me semble évident que leur démarche est similaire à celle de ceux qui débattent du vaccin contre la Covid.  Et donc :

Itinéraire d’un croyant apprenti anti pastafarisme.

Notre apprenti est un individu cultivé, titulaire d’une licence universitaire en sociologie par exemple (je prends cet exemple car je ne connais pas de sociologue). D’éducation chrétienne, toute sa famille et la majorité de ceux de son milieu sont croyants, à des degrés d’intensité divers. Et lorsqu’il lit ma petite mésaventure pastafarienne dans le journal, sa réaction est donc de rejeter la démarche, parce qu’elle heurte ses valeurs.  Le sentiment qu’il éprouve est celui d’une punition. Il voudra vite s’en défaire, et va donc considérer sans réflexion approfondie (pensée lente) que ma démarche est stupide. Pensée rapide et récompense rapide…Il est donc passé à côté d’une analyse un tant soit peu rationnelle, bien qu’il soit parfaitement capable de raison.

Mais revenons à  Kahan et à la « tragédie des croyances communes ». Ce qu’il est rationnel pour un individu de croire (eu égard à l’estime dont il jouira) peut être irrationnel en réalité. Et renoncer à ses croyances peut être socialement très couteux pour notre apprenti. Il ne passera donc pas par la case « raison ». Bien au contraire, il va traiter les informations sur le sujet en utilisant les biais de confirmation et d’information, tout comme les anti-vaccins. Et quelque part, il y a une certaine rationalité dans la décision, même s’il n’y en a aucune dans l’argumentation…

Conclusion

L’analyse que je propose est sans doute simpliste et imparfaite. Après-tout, comme nous tous, je surestime souvent mes capacités et mes connaissances.  Mais, devant l’irrationalité des débats  du moment, il me semblait qu’une tentative d’explication, fusse-t-elle maladroite, était préférable à l’absence d’analyse. Et donc, en attendant impatiemment que l’on démolisse mon argumentaire, je devrai m’en contenter pour l’instant.

 

 

 

 

 

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Le Covid-19 par un nul.

8 Avril 2020, 12:49pm

Publié par Victor Bonjean

Les infos que je reçois sur le Covid 19 et la pandémie me semblent parfois difficiles à mettre en contexte. J’ai donc tenté de clarifier les messages en synthétisant et en triant les infos disponibles pour moi-même. Et je me suis dit que, pourquoi pas, je pourrais diffuser ce petit travail. Il est forcément imparfait, alors n’hésitez pas à corriger, commenter, démolir…

Chapitre 1. Coronavirus: «Aplatir la courbe», qu’est-ce que ça signifie? (infographie) tiré du « soir »

Les autorités ont pris des mesures afin de ralentir la propagation du virus et éviter la saturation des hôpitaux.

Depuis plusieurs jours, on entend un peu partout qu’il faut « aplatir la courbe » dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus. Mais que cela signifie-t-il concrètement ? En réalité, il y a deux scénarios à examiner.

Scénario 1

Imaginons que le virus soit très contagieux et que chaque porteur contamine 4 personnes si l’on ne prend aucune mesure préventive, comme le confinement par exemple. Alors, le premier porteur contaminera 4 personnes. Ceux-ci contamineront 16 personnes qui contamineront 64, qui contamineront 256, etc… Cela va grimper vite pour redescendre quand la contamination diminuera. Les personnes non contaminées seront en effet de moins en moins nombreuses et le taux de contagion diminuera donc forcément. S’il n’y a pas grand monde à infecter, difficile d’infecter beaucoup, c’est évident.

Ce scénario conduira  à un afflux massif de patients dans des hôpitaux inexorablement débordés. Cela compliquerait non seulement la prise en charge des malades atteints de formes graves du Covid-19, mais aussi de tous les autres. Et ce serait encore pire si les soignants venaient à manquer, en cas de contamination d’un grand nombre d’entre eux.

Scénario 2

Dans le scénario 2, des mesures préventives sont prises pour étaler l’épidémie dans le temps. Objectif : faire en sorte que le pic soit moins brusque (c’est la fameuse courbe à aplatir) et que le nombre de cas simultanés ne dépasse pas les capacités du système hospitalier.

Imaginons que chaque porteur contamine 2 personnes car on a pris des mesures préventives, comme le confinement. Alors, le premier porteur contaminera 2personnes. Ceux-ci contamineront 4 personnes qui contamineront 8, qui contamineront 16, etc… Cela va grimper nettement moins vite,  et la courbe sera alors la deuxième dans le dessin ci-dessus

C’est pas mal, mais c’est incomplet car il n’y a pas une courbe, mais trois. Voyons cela.

Chapitre 2. Le décalage des courbes de contamination, d’hospitalisation et de décès.

Il n’y a d oncpas une courbe, mais trois, et ces courbes sont décalées dans le temps, ce qui est extrêmement important. Ce décalage va en effet avoir pour effet une incompréhension  des effets des mesures prises si l’on se contente d’une vision instantanée des données. Et j’ai constaté cette incompréhension chez certains.

Faisons donc un petit exercice simple pour éclaircir la situation. Il s’agit d’un exemple imaginaire, simplifié à l’extrême.

Données du problème  imaginaire:

  • Durée de la contamination : 12 jours
  • Contaminé qui sera hospitalisé : 1 sur 2
  • Hospitalisé qui va malheureusement décéder : 1 sur 2
  • Temps entre contamination et hospitalisation : 5 jours
  • Temps entre hospitalisation et décès : 5jours
  • Temps entre hospitalisation et sortie pour les survivants : 5jours

 

Ces données sont imaginaires et simplifiées, comme écrit ci-dessus . Par exemple, le délai de 5 jours est le même pour tout le monde. La réalité n’est pas aussi simple. Mais le principe reste identique et le même raisonnement s’applique sur le terrain, mais sur des données plus complexes.

1. Voyons d’abord la courbe de contamination imaginaire, efforts de ralentissement  effectués et constants.

Horizontalement, le nombre de jours depuis le début de l’épidémie

Verticalement, le nombre de personnes infectées

On voit que le deuxième jour, 1000 personnes sont infectées, que le 6 ème jour, 4000 personnes sont infectées, puis que le nombre journalier diminue. Retenons bien qu’il s’agit de la contamination journalière et pas du total de personnes contaminées. Pour ce total, il faut additionner les contaminés des 12 jours de contamination.

2. Voyons maintenant, en reprenant les données de départ, comment doit se présenter la courbe des hospitalisations.

Récapitulons les données de départ :

  • délai entre la contamination et l’hospitalisation : 5 jours
  • Nombre d’hospitalisation : 1 personne infectée sur deux. Les autres personnes restent chez elles et sont asymptomatiques ou guérissent ou meurent pour d’autres raisons (par exemple, une crise cardiaque).

On voit donc que le décalage entre contamination et hospitalisation  est bien de 5 jours et que le nombre d’admissions journalier maximum est bien de 4000/2, soit 2000  au plus haut de la courbe, le 11ème jour. Le décalage est bien visible. Même quand le sommet de la courbe de contamination journalière est atteint, le nombre d’hospitalisations journalières continue à augmenter. Ainsi, le 8ème jour, on voit que la courbe bleue des contaminations diminue mais que la courbe rouge des hospitalisations augmente. Ce décalage est normal. Il faut essayer de ne pas mélanger les résultats et de raisonner courbe par courbe.

Retenons bien qu’il s’agit des hospitalisations journalières et pas du total de personnes hospitalisées qui augmentera tant que des personnes seront hospitalisées.

3. Passons maintenant aux décès

Récapitulons les données :

  • délai entre l’hospitalisation et le décès: 5 jours
  • Nombre de décès : 1 personne sur deux. Les autres personnes sortent de l’hôpital vivantes.

On voit, là aussi un nombre de décès journalier égal à la moitié des hospitalisations, 2000/2, soit 1000 . On voit aussi le décalage de 5 jours. Ainsi, le 14ème jour, la courbe rouge des hospitalisations diminue, mais la courbe verte des décès augmente. On voit même que ce jour-là, il n’y a plus de contamination, alors que le nombre de décès augmente…

Retenons bien qu’il s’agit des décès journaliers  et pas du total des décès qui augmentera tant que des personnes mourront du Covid 19.

Récapitulons. Nous avons donc vu dans ce chapitre que les données journalières doivent être bien comprises et que le décalage temporel entre le pic de contamination et les deux autres pics engendre des données journalières qui peuvent paraitre contradictoires si on ne les analyse pas sur la durée.

 Enfin, j’espère que c’est ce que j’ai fait…

 

Chapitre 3. La dissémination du virus.

Essayons de comprendre pourquoi le virus se dissémine rapidement, mais aussi, dans un deuxième temps, de comprendre les raisons qui font que  l’épidémie se termine un jour.

Un virus est un agent infectieux nécessitant un hôte, souvent une cellule, dont il utilise le métabolisme et les constituants pour se répliquer. Il s’agit donc d’un organisme" vivant" (je n'entrerai pas ici dans la polémique sur le terme) qui nait, se reproduit et meurt, comme les êtres vivants.

Prenons un exemplaire du virus. Il va devoir trouver un hôte pour survivre et se reproduire par réplication, c’est la manière dont il fonctionne, on vient de le voir.  Dans le cas du Covid-19, il ne pourra se répliquer qu’à l’intérieur d’un humain, dont il utilisera et détruira une cellule pour se répliquer. Il y aura de nombreuses réplications. Les nouveaux virus répliqués vont également se répliquer plusieurs fois, etc…

Pour trouver un autre porteur et continuer à se disséminer, il lui faudra trouver d’autres organismes vivants, dans notre cas, des humains. Pour cela, les virus vont se retrouver notamment dans les microgouttes expulsées par le contaminé en toussant (il y a peut-être d’autres modes de transmission). Les virus expulsés dans l’atmosphère vont soit trouver un autre humain à proximité, soit se déposer sur une surface quand la gouttelette atteindra cette surface. Si rien ne se passe sur la surface concernée, il mourra après un certain temps. Mais si un humain touche cette surface puis se touche la région du nez ou de la bouche, le virus pourra peut-être infecter cet humain et se répliquer. Voyons donc deux scénarios possibles.

Scénario 1. Le virus se dissémine rapidement.

Raisons possibles de ce succès de la dissémination. La proximité des humains et leurs contacts physiques ou/et  le faible nombre de personnes qui, ayant contracté le virus, sont devenues immunisées, etc…

Données du problème imaginaire :

  • Un virus se duplique 10 fois, quelle que soit la raison de cette limitation.
  • Le succès de la transmission vers un autre porteur est de 5 sur 10. Donc, cinq virus expulsés meurent avant d’avoir trouvé un porteur.

Un porteur va donc infecter 5 autres porteurs.

Ces 5 porteurs vont infecter à leur tour 25 porteurs, qui infecteront 125 porteurs qui infecterons 600 qui infecteront 3000, etc… On voit que la propagation peut être rapide…

Scénario 2. Le virus tend à disparaitre.

Raisons  possibles, la distanciation sociale et/ou le grand nombre de personnes immunisées, ou encore un vaccin, ou simplement la mort de nombreux êtres humains, etc…

Données du problème imaginaire

  • Un virus se duplique 10 fois, quelle que soit la raison de cette limitation (rien n’a changé à ce stade).
  • Sur 20 virus, un seul arrive à infecter un autre porteur. Le succès a diminué fortement, comme on le voit.

Donc, pour 5000 porteurs, il y aura 5000*10= 50.000 duplications et 50.000/20 infections, soit 2500 nouveaux infectés. Eux-mêmes feront 1250 infectés qui feront 625 infectés qui feront 312, etc… Jusqu’à ce que l’infection d’autres porteurs soit négligeable ou nulle. Et donc, fin de l’épidémie.

Récapitulons : les épidémies ont toujours un début, une histoire et une fin, quoi qu’il arrive. A nous de voir comment nous nous organisons (ou pas) pour que les conséquences soient les moins graves. En sachant néanmoins que nous n’avons pas nécessairement toutes les données du problème au départ…

Et le masque ?

Voilà sans doute un des aspects les plus discutés de la pandémie…  C’est aussi celui sur lequel les infos fiables sont parcellaires. Lançons-nous néanmoins…

Et commençons par deux études contradictoires, en précisant qu’aucune étude de grande ampleur n’a jamais été réalisée… Bad luck, c’est en anglais…

https://www.sciencedaily.com/releases/2020/04/200403132345.htm

https://www.medpagetoday.com/infectiousdisease/covid19/85814

Et cette précaution étant prise, faisons quand même une petite expérience de pensée. Imaginons donc que le masque empêche l’expulsion du virus lorsqu’il est porté par un contaminé. C’est l’hypothèse optimiste de la première étude. Là, pas de soucis, le virus n’est pas transféré vers une autre personne par voie aérienne, même en ne respectant pas complètement la distanciation sociale.  Mais cela ne doit pas empêcher les mesures d’hygiène, bien évidemment. Car l'autre moyen de propagation existe toujours... Pas question de se donner la main par exemple, le virus pourrait se trouver sur la main du porteur...

Maintenant, imaginons que le contaminé ne porte pas de masque, mais que son interlocuteur à faible distance en porte un. Le virus pourra être transféré vers l’extérieur du masque, le reste du visage et du corps du porteur de masque. Si celui-ci en étant seul retire le masque, se touche le front puis le nez ou la bouche, il pourra alors être contaminé… L’aide du masque n’est donc au mieux que partielle et ne doit pas empêcher le lavage fréquent  des mains.

Bref, dans le meilleur des cas, le port d’un masque est utile essentiellement si tous les infectés en portent.

Et si on ne peut préciser qui est infecté, il est alors indispensable que tout le monde porte un masque en société, tout en évitant de se toucher. Et bien évidemment, il faudra continuer les mesures d'hygiène stricte pour éviter la propagation par toucher de surfaces…

 

Finissons-en avec cet ennuyeux pensum…

 

 

 

 

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J'ai commis un livre: le petit catéchisme du Monstre en Spaghetti Volant.

18 Mars 2017, 09:26am

Publié par Victor Bonjean

Voilà, c’est fait, j’ai commis (c’est le terme exact) un petit "catéchisme du Monstre en Spaghetti volant"… Il y a déjà plusieurs mois qu’il est écrit, au vu du vide laissé par la disparition de la bible du Monstre en spaghetti volant en français. Depuis, Michel Noirret a publié le « vert missel », dont je ne saurais assez recommander la lecture. Ce titre est disponible chez Amazon.

https://www.amazon.fr/gp/offer-listing/2930331127/ref=dp_olp_new_mbc?ie=UTF8&condition=new

Si l’ouvrage de Michel  est clair et concis, le mien est bien différent. Il n’a d’ailleurs pas trouvé d’éditeur, ce qui en dit long sur sa qualité… Je l’ai donc auto édité. Et il faut bien le reconnaitre, son humour risque d’être considéré aussi hermétique qu’un roman de Robbe-Grillet. Quant à son style, il est sans doute lourd et ampoulé, mais c’est probablement dû à mon éducation catholique. Il faut bien avouer que les ouvrages de l’église catholique souffrent également d’un style assez lourd et ampoulé aussi…

Bref, pour celles et ceux qui n’ont pas peur du risque, le livre est disponible sur Amazon en version papier et Kindle. Pour ceux qui veulent lire en version epub, je compte sortir une version gratuite en dans les prochaines semaines.

https://www.amazon.fr/petit-Catechisme-Monstre-Spaghetti-Volant/dp/1543207995/ref=tmm_pap_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=1489827736&sr=8-1

Je ne veux en aucune manière gagner d’argent avec ce livre. Aussi la marge bénéficiaire est très faible. Et je vais mettre les éventuelles royalties de côté pour les donner à la sainte église belge de pastafarisme si elle voit le jour. Si ce n’est le cas (et en cas d’improbable succès), cet argent servira à du micro-crédit dans les pays du sud.

A toutes fins utiles, le sommaire se trouve ci-dessous :

Sommaire

1. Prologue

                     1.1 Avertissement

                     1.2 Préambule

2. Introduction

3. La création

                     3.1 Il y a cinq mille ans, le commencement

                     3.2 Il y a 2.500 ans, l’âge d’or des pirates

                     3.3 De 1700 à nos jours : pâtes et pirates

4. Les grandes questions philosophiques

                     4.1 Les condiments

                     4.2 Le message

                     4.3 La foi pastafarienne et la science, le naturalisme et le rationalisme.

                     4.4 Les arguments philosophiques

5. Propagande, catéchèse et prosélytisme

                5.1 De l’utilité du prosélytisme et de la catéchèse

                5.2 La transmission de la révélation du MSV

6. Le culte pastafarien ou la vie dans l’Eglise du MSV

Annexes :

                 1.    Mangeons des pâtes !

                 2.    Parlons comme des pirates !

Crédit illustrations

A propos de l’auteur

 

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Etre pastafarien, c'est être discriminé, suite et pas fin.

15 Mars 2017, 13:32pm

Publié par Victor Bonjean

L'article qui suit doit être lu à la suite du premier article  "Etre pastafarien, c'est être discriminé". Sans cet article qui relate mes déboires administratifs lorsque j'ai vainement tenté de vivre ma foi pastafarienne en portant une passoire comme couvre-chef sur la photo destinée à ma nouvelle carte d'identité, la lecture de ce nouvel article sera difficile et l'article risque d'être incompréhensible.

Bien, maintenant que vous avez lu la première partie, quelques précisions sur les textes qui suivent. L'image qui suit immédiatement est peu lisible. Le fichier PDF que j'ai reçu d'Unia est assez pourri pour que son intégration sur le blog soit difficile. Ceux qui seraient intéressés peuvent évidemment recevoir copie de ce courrier par e-mail. En substance, il donne des arguments juridiques pour soutenir l' interprétation d'Unia: le pastafarisme n'est pas une religion. En dernière partie, le texte qui suit ce courrier d'Unia est un courrier que j'ai envoyé à la secrétaire d'état à l'égalité des chances. Il contredit les arguments d'Unia et du SPF intérieur justifiant le refus d'accepter ma photo. L'argumentaire est long et fouillé. Il faudra du courage au lecteur éventuel... Mais les derniers paragraphes de ce long et aride texte résument ma pensée sur le sujet. J'attends la réponse de la secrétaire d'état, en espérant avoir plus de chance qu'avec le ministre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

Victor Bonjean                                                                         le 14 mars 2017

 

 

 

A Mme Zumal Demir, secrétaire d'état.

Cellule stratégique et secrétariat du secrétaire d'Etat à la Lutte contre la pauvreté, à l'Egalité des chances, aux Personnes handicapées, et à la Politique scientifique, chargée des Grandes villes, adjointe au Ministre de la Sécurité et de l’Intérieur

Boulevard du Roi Albert II 33 boîte 1

1030 Bruxelles

 

Objet : discrimination des pastafariens.

Je me permets de vous écrire suite à la discrimination dont je fais l’objet. En effet, le SPF Intérieur me discrimine sur base de mes convictions philosophiques et religieuses. Le centre pour l’égalité des chances (maintenant Unia) contacté par mes soins à ce sujet considère pour sa part que cette discrimination est acceptable. J’aimerais vous expliquer pourquoi tant le SPF qu’Unia me font en fait un bien mauvais procès, en utilisant des arguments  qui posent un problème de pertinence manifeste.

Pour motiver ma demande de révision de la décision prise, je joins en copie le courrier que j’ai adressé au ministre de l’intérieur, sans réponse de sa part.  Je joins également la lettre du Centre pour l’égalité des chances .

Les faits

 

Je me suis rendu dans les bureaux de l’administration communale de Durbuy le 6 janvier2016 afin de faire changer ma carte d’identité dont la date de fin de validité approchait. A cette fin, je me suis muni d’une photo  d’identité conforme aux prescriptions de  la matrice photo éditée par le gouvernement fédéral, ma tête étant couverte pour une raison religieuse, mais la naissance des cheveux étant dégagée et mon visage clairement reconnaissable. Afin de justifier ce port, j’avais le jour précédent averti par e-mail  les services communaux.  Je suis en effet un pastafarien dévot et ma religion m’oblige à porter un chapeau de pirate ou une passoire sur la tête lorsqu’une photo officielle est prise. Notez que cette obligation ne provient pas d’un texte sacré mais de la coutume, comme par exemple le voile pour les femmes musulmanes fidèles à leur religion. Notre religion nous entraine en effet vers la modestie nécessaire à une véritable spiritualité. Aussi ne sommes-nous pas tenus de porter le couvre-chef religieux dans l’espace public afin de ne pas froisser les non-fidèles. Toutefois, comme écrit plus haut, les photos officielles et/ou importantes symboliquement doivent être prises avec le couvre-chef visible.

L’employée a refusé ma photo au motif que le service juridique du SPF intérieur avait été contacté pour avis, suite à mon courrier mentionné ci-dessus. Les annexes jointes donnent une relation précise des différents courriers. Vous trouverez ci-dessous la critique des avis émis et la justification de ces critiques en fait et en droit.

Les avis du SPF  Intérieur

A la lecture du premier avis : « Je viens de recevoir la réponse émise par le service juridique de Bruxelles. La religion existe bien MAIS n’étant pas reconnue en Belgique nous ne pouvons accepter une photo avec une passoire ou autre chapeau comme couvre-chef »et du second avis dans sa réponse au centre pour l’égalité des chances : « la commune du citoyen concerné peut lui demander une déclaration sur l’honneur par laquelle le citoyen exprime que sa religion lui impose de porter un couvre-chef… », je m’aperçoit que l’avis du SPF a changé entre les deux dates et est devenu le suivant : le pastafarisme est bien une religion. La commune peut exiger que je fasse une déclaration sur l’honneur, ce que je suis disposé à faire.  Je m’étonne donc au vu des avis précités que la photo soit refusée.

On notera également qu’un autre avis a été donné à la presse par le SPF intérieur, et qu’il argumentait que les couvre-chefs religieux étaient acceptés parce qu’ils étaient portés de manière habituelle. Je n’ai jamais reçu personnellement cet avis mais je le commenterai ci-dessous.

Je vais donc maintenant démonter l’argumentation du SPF.

Discrimination sur base d’une religion

Dans la législation en vigueur relative aux photos sur les cartes d’identité, on ne trouvera aucune autre indication que le fait que la photo doit être ressemblante. Il n’est nulle part mention du port ou non d’un couvre-chef. La circulaire administrative ajoute à  cela l’interdiction du port d’un couvre-chef, sauf pour motifs religieux. Qu’une circulaire administrative précise l’intention du législateur afin de permettre à l’administration de fonctionner est bien naturel. Toutefois, elle ne peut dépasser l’intention du législateur. La circulaire administrative qui interdit le port d’un couvre-chef sauf pour des raisons religieuses est bien plus qu’une description d’une procédure dans le cadre de la loi. Elle classe les citoyens en deux catégories : les citoyens ordinaires qui ne peuvent porter de couvre-chef, même si la photo est ressemblante, et les croyants de certaines religions (lesquelles et pourquoi ?) qui peuvent porter un couvre-chef. On est là devant une discrimination flagrante, car selon leurs convictions, les citoyens sont  autorisés ou non à porter un couvre-chef sur leur photo d’identité  alors que la condition de ressemblance est respectée dans les deux cas….  Or, dans l’affaire  KARLHEINZ SCHMIDT c. Allemagne, la cour européenne déclare : Une distinction est discriminatoire au sens de l’article 14 (art. 14), si elle "manque de justification objective et raisonnable", c’est-à-dire si elle ne poursuit pas un "but légitime" ou s’il n’y a pas de "rapport raisonnable de proportionnalité entre les moyens employés et le but visé". Quel est donc le but légitime du SPF intérieur lorsqu’il accorde des droits à certains en fonction de leur religion et refuse ces droits aux autres citoyens?

L’argument selon lequel les couvre-chefs religieux sont autorisés parce qu’habituels ne peut donc  être évoqué. Car pour des raisons autres que religieuses, le couvre-chef est interdit. L’argument ne tient donc  pas. Car si le couvre-chef est habituel, tous les porteurs de couvre-chef devraient être  autorisés à le porter sur la photo au vu de l’arrêt ci-dessus. Mais ce n’est pas le cas. Il y a bien discrimination.

On pourrait peut-être penser qu’il s’agit dans la circulaire d’un aménagement raisonnable. Mais celui-ci n’existe que pour les personnes handicapées (article 21 de la loi du 10 mai 2007). Il n’y a donc pas d’aménagement raisonnable possible pour cause religieuse.

Première conclusion. Il n’y a aucun élément objectif permettant de trouver une justification à la différence de traitement entre personnes, quelle que soient leurs croyances ou leur absence de croyance. On voit bien que l’argumentation du SPF est faite en rationnalisant une décision prise ex abrupto. Le fonctionnaire ne voulait pas accepter la photo que j’ai fourni et a ensuite essayé (maladroitement d’ailleurs) tenté de justifier sa décision. On est bien là dans la discrimination arbitraire.

Si par extraordinaire, on devait faire néanmoins intervenir la croyance dans le débat,  les arguments soulevés dans mon courrier précédent au ministre de l’intérieur gardent toute leur pertinence. J’y ajouterai ceux-ci.

Les avis du centre pour l’égalité des chances.

Le centre n’émet pas d’avis définitif dans son courrier du 28 janvier 2016. Il conclut qu’un recours en justice aurait peu de chance (et non pas aucune) d’aboutir à un jugement favorable. Pour ce faire, il se base sur l’arrêt de la cour européenne dans l’affaire CAMPBELL ET COSANS c. Royaume-Uni (art 36):     « l’article 9 (art. 9) (en anglais "beliefs") consacre la liberté de pensée, de conscience et de religion. Il s’applique à des vues atteignant un certain degré de force, de sérieux, de cohérence et d’importance. » . Et donc, pour Unia, le pastafarisme n’aurait donc pas ces qualités. Le raccourci est saisissant. N’oublions pas que cet arrêt ne concernait en aucune manière une religion, et qu’il faut donc replacer la citation dans son contexte.  À la lecture intégrale de cet article, ce que disent les juges, c’est que les convictions de requérantes sur les châtiments corporels ont la même force, cohérence, sérieux et importance que les convictions religieuses.  Ce qui est exactement contraire à la lecture partielle d’Unia, qui a retiré la phrase de son contexte. La lecture complète de l’article 36 de cet arrêt le montre bien.

 

D’autre part, dans le chapitre « Le pastafarisme est-il une parodie de religion ? » de sa lettre de réclamation ,j'avais déjà précisé les différents autres points qui font que manifestement le degré de sérieux, de force, de cohérence et d’importance était le même pour toutes les religions, y compris le pastafarisme. Nulle trace de contestation de ces arguments n’apparait d’ailleurs dans la lettre du centre.

 

Le centre se base ensuite sur d’autres arrêts pour justifier le manque de force, de sérieux, de cohérence et d’importance du pastafarisme. Ces différents arrêts sont extrêmement contestables.

Ainsi, dans l’affaire MOUVEMENT RAËLIEN SUISSE c. SUISSE, l’article 62 précise « groupe  à  connotation censément religieuse entendant véhiculer  un  message  prétendument  transmis  par  des extraterrestres ». Il s’agit là de la seule référence à la connotation religieuse de tout l’arrêt… Le terme « prétendument » est bien entendu applicable à toutes les croyances religieuses, celles-ci échappant à la falsifiabilité au sens où l’entend Popper. On ne peut prouver ni leur exactitude ni leur fausseté. Elles ont donc toutes le même degré de force, de sérieux, de cohérence et d’importance.  Et pour clore l’analyse de cet arrêt, il apparait clairement que la Cour a jugé sur base d’une incitation à une activité interdite par la constitution, et non sur base du discours doctrinaire de la religion . Je cite l’arrêt rendu : « il  était indispensable,  pour  la  protection  de  la  santé  et  de  la  morale  ainsi  que  pour  la prévention   du   crime,   d’interdire   la   campagne   d’affichage,   étant   donné   que l’association  requérante  propose,  sur  son  site  Internet,  un  lien  vers  celui  de  Clonaid, entreprise  qu’elle  a  créée elle-même  (...).  Par ailleurs, elle  a exprimé,  et  elle  l’admet elle-même, une opinion favorable au clonage, activité clairement interdite par l’article 119 alinéa 2 a de la Constitution fédérale (...). »  Encore une fois, Unia a utilisé une phrase sortie de son contexte.

 L’arrêt Pretty  est cité par Unia de manière parcellaire. Il faut lire dans cet arrêt: « La Cour observe que tous les avis ou convictions n’entrent pas dans le champ d’application de l’article 9 § 1. Les griefs de l’intéressée ne se rapportent pas à une forme de manifestation d’une religion ou d’une conviction par le culte, l’enseignement, les pratiques ou l’accomplissement des rites, au sens de la deuxième phrase du paragraphe 1 de l’article 9. Le terme « pratiques » employé à l’article 9 § 1 ne recouvre pas tout acte motivé ou influencé par une religion ou une conviction »   Il est bien clair pour la cour qu’il ne s’agissait pas  d’une demande relative à une religion, mais d’une demande d’’euthanasie, qui ne rentre pas dans le champ des convictions couvert par cet article. Cet arrêt est donc sans pertinence en ce qui concerne notre affaire. Décidément, l’utilisation des arrêts par Unia  est très contestable…

Dans l’affaire LEYLA ŞAHİN c. TURQUIE. (Requête n o. 44774/98, le texte complet est le suivant : « 113. Dans leur arrêt du 7 mars 1989, les juges constitutionnels ont estimé que la laïcité, qui constitue le garant des valeurs démocratiques, est au confluent de la liberté et de l’égalité. Ce principe interdit à l’Etat de témoigner une préférence pour une religion ou croyance précise, guidant ainsi ce dernier dans son rôle d’arbitre impartial, et implique nécessairement la liberté de religion et de conscience. »

 Lu en entier, cela signifie comme indiqué plus haut que l’état ne peut accorder une préférence à une croyance précise, ce que fait pourtant l’état belge en accordant le droit de porter un couvre-chef à certaines religions. Ici, la référence est pertinente, mais exactement à l’opposé de la position du centre, qui une fois de plus a tronqué le texte.

Le procès contre la scientologie

 

Dans l’arrêt du juge du tribunal de Bruxelles  du 11 mars 2016 relatif au procès fait à la scientologie, on peut lire au feuillet 148 : « En d'autres termes, avant d'être le procès de chacun des quatorze prévenus poursuivis devant le tribunal de céans, c'est en priorité le procès de la scientologie, au sens doctrinaire du terme, que la partie poursuivante a entendu mener. »  Le juge a manifestement refusé de juger la scientologie en tant que religion ou église, quelle que soient les éventuelles conditions de force, de cohérence, de sérieux ou d’importance de cette religion.

Mais si l’on lit plus loin l’arrêt en question, du dernier paragraphe du feuillet 149 à la fin du feuillet 150, dont je cite ci –après certains extraits,  « S'il ne peut certainement pas être exclu que la philosophie scientologue puisse présenter, dans son articulation et sa manifestation, un certain danger pour des individus plus faibles, influençables ou peu attentifs, (…)si les prévenus sont poursuivis dans la présente cause, c'est d'abord parce qu'ils sont des adeptes de la scientologie, ce dont ils ne se sont d'ailleurs jamais caché(…) les comportements criminels (des terroristes)ne se jugent pas en fonction des enseignements de la Bible ou du Coran ou de certains de leurs passages, parfois pourtant très explicites… », On s’aperçoit que le juge a donné des indications très précieuses sur les religions et leur relation à la justice : Même si les enseignements de ces religions peuvent paraitre contestables, même si le but recherché lors de sa création n’était peut-être pas particulièrement noble et désintéressé, il n’en demeure pas moins que tant la scientologie que l’islam ou le catholicisme sont des religions. Il en est donc de même pour le pastafarisme. Et même si l’on considère à tort qu’il s’agit d’une religion satyrique, elle est bien une religion aussi respectable et pertinente qu’une autre…

 

Deuxième conclusion : les différents arrêts évoqués plus haut ne jugent la pertinence d’aucune religion, en ce compris le raëlisme ou la scientologie. Manifestement,  les différents juges ont compris qu’en vertu de la condition de falsifiabilité, toutes les religions étaient égales en force, cohérence et importance, réduisant ainsi à néant la citation tronquée de l’arrêt Campbell et Cosans en ce qui concerne la religion (l’arrêt concernait en fait les châtiments corporels en Ecosse). Ici encore, comme pour le SPF, il est possible qu’ Unia aie voulu justifier une décision prise avant une quelconque analyse. On serait alors devant une situation dans laquelle Unia tente de justifier une discrimination. Un comble…

 

D’autres arrêts sont intéressants à analyser :

 

Dans l’affaire YOUNG, JAMES ET WEBSTER c. Royaume-Uni : « pluralisme, tolérance et esprit d’ouverture caractérisent une "société démocratique" (p. 23, par. 49). Bien qu’il faille parfois subordonner les intérêts d’individus à ceux d’un groupe, la démocratie ne se ramène pas à la suprématie constante de l’opinion d’une majorité; elle commande un équilibre qui assure aux minorités un juste traitement et qui évite tout abus d’une position dominante. Troisièmement, une restriction à un droit que consacre la Convention doit être proportionnée au but légitime poursuivi (p. 23, par. 49).

 

Et enfin l'affaire Handyside du 7 décembre 1976 (série A no 24) : »Son rôle de surveillance (de l'état) commande à la Cour de prêter une extrême attention aux principes propres à une "société démocratique". La liberté d'expression constitue l'un des fondements essentiels de pareille société, l'une des conditions primordiales de son progrès et de l'épanouissement de chacun. Sous réserve du paragraphe 2 de l'article 10 (art. 10-2), elle vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels il n'est pas de "société démocratique". Il en découle notamment que toute "formalité", "condition", "restriction" ou "sanction" imposée en la matière doit être proportionnée au but légitime poursuivi. » Le refus de me laisser porter une passoire sur ma photo est clairement en contradiction avec le passage souligné ci-dessus.

 

Troisième conclusion : ces deux arrêts montrent bien que nous ne nous trouvons pas devant un problème de sérieux, de cohérence et de force, comme je l’ai démontré plus haut. Mais que nous nous trouvons bien devant le refus de donner la possibilité aux minorités qui dérangent (on se demande bien pourquoi) d’exercer leurs droits démocratiques. Que ce refus soit exprimé de bonne foi ne change pas les faits : les pastafariens sont discriminés injustement. On ne leur applique pas un traitement équitable. La restriction apportée à leurs droits est non seulement  disproportionnée, mais absolument  illégitime. Il s’agit d’un abus de position dominante.

Mais allons au bout des choses. S’il est possible que pour certains pastafariens, le pastafarisme soit une parodie, cette parodie a forcément à un but, comme toutes les parodies. Elle vise alors pour lui à démontrer que le texte ou l’Eglise que l’on parodie  (on ne peut parodier une religion, on ne peut parodier qu’une œuvre ou une institution) est absurde ou sans fondement objectif. En ce sens, elle se rapporte bien  à la théologie et à la religion. Elle a ainsi toute sa place dans le débat philosophique ouvert propre à une démocratie.

L’adhésion à son culte  (à entendre comme expression de la religion à travers des rites et coutumes) peut  alors jouer le même rôle dans la vie d'un pastafarien, même celui qui vit la religion comme parodique, que ce que le culte catholique fait dans la vie d'un catholique par exemple. Ce pastafarien considère donc comme important d’exprimer son opinion philosophique par le port d’un couvre-chef, comme le font des pratiquants d’autres religions. Et donc, le culte pastafarien, même dans son sens le plus satyrique, est aussi important pour le pastafarien que le culte plus ancien pour le croyant d’une autre religion monothéiste ou non.  De quel droit une administration juge-t-elle que ce culte rendu est moins acceptable que celui rendu par exemple par une musulmane?

Bien sûr, on est libre de  penser que l’opinion émise par les pastafariens est choquante ou dérangeante. Mais on ne peut  contester qu’elle soit importante pour lui, ainsi que le culte qu’il rend en portant une passoire sur les photos officielles.  Le fait que j’aie pris la peine d’écrire cette lettre après avoir très longuement analysé la situation, montre à suffisance  l’importance que j’accorde au pastafarisme. Et j’irai plus loin. Le simple fait de demander à porter une passoire sur la photo est en soi suffisant pour montrer l’importance que je lui accorde. Au nom de quel principe les interrogations et le culte de l’un serait-il acceptable et les interrogations et le culte de l’autre (en l’occurrence moi) inacceptable ? La question mérite d’être posée. Car cette question est en fait la suivante : dans quel type de société voulons-nous vivre ? Voulons-nous une société démocratique défendant les libertés individuelles et l’égalité de traitement de citoyens dans une situation comparable ? Ou préférons-nous l’arbitraire du plus fort?

Conclusion finale.

Je pense avoir clairement démontré que je suis victime d’une discrimination pour motifs religieux. Je pense avoir aussi démontré que les arguments du SPF et d’Unia  sont possiblement le fruit d’une rationalisation, même involontaire.  Je suis certain que vous voudrez mettre fin au scandaleux traitement discriminatoire qui m’est infligé, et que je pourrai porter une passoire sur la photo de ma carte d’identité.

Sincèrement

 

 

Victor Bonjean

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Les pâtes, la philosophie et Dennet.

8 Juillet 2016, 18:38pm

Publié par Victor Bonjean

Le site web de l’Eglise pastafarienne régulière et authentique de Belgique (http://pasta.avk.org/) a fermé ses portes. Ne subsiste qu’une page dans laquelle l’auteur du site explique cette fermeture. En substance, il nous écrit que :

  • le pastafarisme était une tentative d’injecter de la philosophie dans le débat politique en mettant les pouvoirs face à leurs contradictions, spécialement dans les politiques de programmation scolaire
  • la tentative s’est transformée en blague potache sans volonté politique sous-jacente
  • les personnes intéressées devraient s’informer, notamment en lisant Dennet et Dawkins

J’avais contacté sans succès l’auteur peu avant la fermeture du site, en lui proposant de le remettre à jour avec l’aide de pastafariens convaincus. Manifestement, ce n’était pas le désir de l’auteur, même si je n’ai évidemment pas la prétention d’être la cause de cette fermeture. Je voudrais donc maintenant commenter l’annonce faite sur le site défunt. Je me sens autorisé à le faire. J’ai en effet beaucoup lu Dawkins et Dennet que je considère comme des penseurs importants. Ils ont d’ailleurs eu une grande influence sur moi. (1) Pour être complet, j’ajouterais personnellement Russel et Popper à la liste des auteurs importants dans la démarche pastafarienne.

Je comprends le souhait de l’auteur de s’écarter du militantisme pastafarien. Je le comprends d’autant mieux que personnellement, je ne suis pas un militant et préfère rester un spectateur désabusé de la comédie humaine, comme ces deux vieux spectateurs au balcon du Muppets show… Mais rester au balcon ne permet guère de faire bouger les choses. On l’a d’ailleurs bien vu durant les 10 ans d’existence du pastafarisme en Belgique. Le succès n’a pas été au rendez-vous, et les choses n’ont pas bougé au plan politique. Il m’a semblé que me faire violence pour descendre du balcon et rejoindre d’autres acteurs pastafariens sur la scène du show médiatique serait peut-être utile pour le mouvement. Me disant ainsi, au contraire de l’auteur du site, que le Muppets show avec uniquement le balcon et pas la scène n’aurait guère eu de succès.

Je ne suis pas non d’accord avec l’auteur lorsqu’il ne voit dans le pastafarisme actuel que plaisanterie potache, business et récupération politique. Le pastafarisme s’est en effet considérablement développé depuis sa naissance mais il est toujours resté une manière de confronter la société à ses contradictions et aux décisions irrationnelles des politiques. Sa portée philosophique, bien loin de s’atténuer ou disparaitre, s’est au contraire élargie. Le débat philosophique que le pastafarisme propose avec humour, dérision et provocation englobe toujours l’enseignement des sciences qui est d’une extraordinaire importance pour armer les jeunes des outils nécessaires à la compréhension du monde. L’importance de défendre cet enseignement contre les obscurantistes est d’ailleurs encore plus grande aux USA que chez nous. Ceci explique que le mouvement soit né et ait grandi là-bas. Mais en s’exportant, le pastafarisme s’est adapté aux réalités locales des états dans lequel il s’est implanté. Le débat s’est donc élargi et s’est porté sur les aspects sociétaux des cultes ressentis dans les différents pays. Ainsi, en Nouvelle Zélande, l’accent est mis sur le mariage et sur les dispenses de taxes accordées aux religions. En Pologne, le débat se porte sur l’influence de l’église catholique dans les décisions gouvernementales. En Russie, le simple fait de se déclarer pastafarien est faire preuve d’un grand courage face à la collusion entre l’état et les autorités orthodoxes. En Belgique, il est évident que les questions précises soulevées sont notamment celles du sponsoring par l’état de certains cultes et l’évangélisation subventionnée dans l’enseignement.

Ainsi, il est manifeste que partout dans le monde, en démontrant par l’humour l’absurdité des religions autres que le pastafarisme (2), nous mettons les croyants et la hiérarchie des cultes reconnus devant les contradictions de leur discours. Et donc, le débat apporté par les pastafariens se porte toujours sur des questions philosophiques essentielles, comme par exemple, en vrac et de manière non exhaustive : qu’est-ce qu’une religion, et qu’est-ce qu’une parodie de religion ? Quelle est la place des cultes dans la société et dans l’enseignement, etc… ?

Le pastafarisme met donc le politique en question, et singulièrement pour nous en Belgique : sur quelles bases objectives certains cultes sont-ils favorisés par l’état? L’enseignement organisé (ou subventionné) par ce même état doit-il favoriser l’évangélisation de nos têtes blondes (3) ou tenter de les armer pour affronter la réalité avec des outils d’analyse comme l’esprit critique? Le compromis fait avec l’église catholique lors de la rédaction de la Constitution est-il toujours d’actualité, alors que le monde a bien changé? Les reconnaissances d’autres cultes, y compris un culte sans dieu, ne devraient-elle pas être remises en question pour en arriver à faire de la Belgique un état laïc et non un état intervenant dans le champ du religieux (4)?

Il y a bien sûr un côté ludique à notre action. Peu de religions encouragent autant l’humour et la bonne humeur que le pastafarisme. Car il n’y a strictement aucune raison de s’ennuyer lorsqu’on dénonce l’absurdité des autres religions, tout en célébrant le seul créateur, le Monstre en Spaghetti Volant. Et en cela, notre belle religion fait œuvre de salut public. Il est en effet démontré que l’humour et le rire sont bénéfiques pour la santé. Alors, oui, continuons à utiliser l’humour, la dérision et la provocation…

Récapitulons pour conclure. D’une part, on peut distinguer trois aspects dans le pastafarisme. Un aspect philosophique, un aspect politique et un aspect ludique. D’autre part, le nombre de pastafariens a augmenté considérablement depuis la révélation de Bobby Henderson. Alors, bien sûr les adeptes ont des profils différents, et plus il y aura d’adeptes, plus il y aura de profils différents. Certains privilégieront le coté philosophique, d’autres le côté politique et d’autres enfin préfèreront le côté ludique du culte. Mais quoi qu’il en soit, on ne peut être pastafarien sans considérer comme absurdes les discours des autres religions, ni sans une bonne dose d’humour et de dérision. Et cela, sans qu’il soit nécessaire d’avoir lu Dawkins. Les chemins qui mènent au pastafarisme peuvent différer, mais nous sommes tous pastafariens. Et nous tenons tous le même discours philosophique et politique. Ramen

(1)Ce qui ne veut pas dire que je partage toutes leurs convictions : ainsi, je pense après de nombreuses lectures et analyses que la mémétique de Dawkins conduit dans une impasse et que la position de Dennet sur le libre arbitre est timorée et que ses développements sur la question sont pour le moins remplis de contradictions.

(2) le pastafarisme est la seule religion qui d’une part incite les fidèles à utiliser leur raison et leur esprit critique et, d’autre part, donne des explications aux contradictions entre les dogmes pastafariens et la réalité observée.

(3) La manière dont le PSC par l’entremise de Mme Milquet a « organisé » les cours de philosophie en est un vivant exemple…

(4) A ce sujet, je voudrais signaler une déclaration gouvernementale qui n’a pas suscité de réactions à l’époque. M. Geens a déclaré avoir débloqué des fonds pour former des imams qui créeraient un islam européen. Ce faisant, l’exécutif est intervenu clairement dans le champ religieux pour favoriser certains courants qui lui plaisaient… Neutralité, vraiment ?

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Etre pastafarien, c'est être discriminé.

20 Juin 2016, 20:16pm

Publié par Victor Bonjean

Je soumet à la vigilante attention de mes quelques lecteurs le texte de la réclamation que je fis en janvier de cette année au ministre de l'intérieur suite au refus de la photo de ma carte d'identité. Cette réclamation est restée sans réponse...

Il est assez fascinant de constater que le citoyen qui s’estime lésé par une décision administrative ne reçoive aucune réponse des autorités en retour. Il s'agit sans doute de la manifestation d'une nouvelle gouvernance. Et il me faut l'avouer, cette nouvelle gouvernance m'inquiète.

Monsieur le ministre,

Objet : refus de me délivrer une carte d’identité par la commune de Durbuy pour motif religieux

Permettez-moi, en quelques mots, de vous informer de la discrimination dont je suis l’objet. Je sollicite votre intervention afin de mettre fin à cette discrimination basée sur ma religion, le pastafarisme. Vos services ont en effet participé activement à celle-ci.

Les faits

Je me suis rendu dans les bureaux de l’administration communale de Durbuy le 6 janvier afin de faire changer ma carte d’identité dont la date de fin de validité approchait. A cette fin, je me suis muni d’une photo d’identité conforme aux prescriptions de la matrice photo éditée par le gouvernement fédéral, ma tête étant couverte pour une raison religieuse, mais la naissance des cheveux étant dégagée et mon visage clairement reconnaissable. Afin de justifier ce port, j’avais le jour précédent averti par e-mail les services communaux. Je suis en effet un pastafarien dévot et ma religion m’oblige à porter un chapeau de pirate ou une passoire sur la tête lorsqu’une photo officielle est prise. Notez que cette obligation ne provient pas d’un texte sacré mais de la coutume, comme par exemple le voile pour les femmes musulmanes fidèles à leur religion. Notre religion nous entraine vers la modestie nécessaire à une véritable spiritualité. Aussi ne sommes-nous pas tenus de porter le couvre-chef religieux dans l’espace public afin de ne pas froisser les non-fidèles. Toutefois, comme écrit plus haut, les photos officielles et/ou importantes symboliquement doivent être prises avec le couvre-chef visible.

L’employée a refusé ma photo au motif que le service juridique du SPF intérieur avait été contacté pour avis, suite à mon courrier mentionné ci-dessus. Le soir même de ce 6 janvier, je recevais le message suivant du service population de Durbuy :

« Je viens de recevoir la réponse émise par le service juridique de Bruxelles. La religion existe bien MAIS n’étant pas reconnue en Belgique nous ne pouvons accepter une photo avec une passoire ou autre chapeau comme couvre-chef »

J’ai contesté la valeur juridique de cet avis, mais n’ai à ce jour reçu aucune réponse. Enfin, j’ai contacté le centre pour l’égalité des chances, pour l’instant également sans réponse. Vous trouverez en annexe copie des différents courriers concernés.

Permettez-moi, après cette relation des faits, de vous expliquer en quoi ce refus est illégal et discriminatoire.

Qu’est que le pastafarisme ?

Le pastafarisme est une religion qui compte de nombreux adeptes dans le monde. Religion récente, elle est née en 2005 et soutient notamment que le monde a été créé par le monstre en spaghetti volant (FSM dans le reste du texte), que l’évolution darwinienne est fausse et que le réchauffement climatique est dû à la diminution des pirates. Le FSM a donné au prophète Bobby Henderson les commandements moraux qui guident la vie de tous les pastafariens dévots, dont je fais partie. Ces commandements se nomment les huit condiments et je les respecte scrupuleusement. Notre religion dispose également de deux textes sacrés, dont l’un a été traduit en français. Cette traduction est malheureusement épuisée, mais cela témoigne de l’intérêt que suscite notre belle religion. Nous sommes donc nombreux dans le monde et de nombreux sites web attestent de la vitalité de cette religion. Enfin, en Nouvelle Zélande, les prêtres pastafariens sont autorisés à célébrer des mariages. C’est une belle reconnaissance pour une religion aussi récente.

Dans plusieurs pays, dont deux européens, des citoyens ont été autorisés à porter la sainte passoire sur leurs documents officiels. Vous en trouverez copie d’une partie de ces documents en annexe.

Pour information, Wikipédia donne une définition acceptable du mot pastafarisme. Il faudra néanmoins se méfier de l’utilisation qui y est faite du mot parodie. J’y reviendrai plus loin dans le texte.

Le pastafarisme est-il une religion ?

La définition du terme « religion » est particulièrement délicate. De nombreux philosophes et sociologues s’y sont essayé et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’unanimité ne s’est pas faite sur la question. Ainsi, parmi les problèmes soulevés concernant les définitions de la religion proposées dans les sciences humaines, il a été constaté qu'aucune définition ne s'applique à tout ce qui y est étudié comme étant de la religion ou une religion. En un autre sens, le problème de la définition de l'objet des sciences des religions ne serait pas tant l'absence d'une définition qui convienne à toutes les religions que le trop grand nombre de définitions. Yves Lambert a parlé à ce sujet d'une « tour de Babel des définitions de la religion ». Et enfin, on lira attentivement le texte d’Anne Morelli : « Peut-on établir une différence objective entre sectes et religions ? » Inutile donc de chercher dans le champ philosophique ou scientifique une aide pertinente à ce sujet.

Le constituant, dans sa grande sagesse, s’est quant à lui bien gardé de définir le terme de religion et a garanti la liberté de culte en ses articles 20 à 21. Il a d’autre part brièvement mentionné le traitement des ministres du culte dans son article 181. Et il s’est bien gardé également de définir le mot « culte ». On verra aussi que la commission parlementaire chargée d’un rapport sur les activités sectaires n’a pas non plus défini clairement le mot. Enfin, contrairement à une idée très répandue, la « liste des sectes », annexée à ce rapport, qui n’a d'ailleurs pas été approuvée par le Parlement, n’a d’ailleurs aucune valeur légale. Nous ne sommes donc guère plus avancés dans la recherche du sens du mot « religion » en nous tournant vers la loi.

Il nous faudra donc par défaut utiliser les définitions du dictionnaire.

Soit les définitions suivantes :

Religion :« Ensemble déterminé de croyances et de dogmes définissant le rapport de l'homme avec le sacré. »

Sacré : Qui appartient au domaine séparé, intangible et inviolable du religieux et qui doit inspirer crainte et respect »

On le voit, les définitions se renvoient l’une à l’autre. La religion nous renvoie au sacré et le sacré à la religion. Nous sommes bien face à un raisonnement circulaire, et donc de facto inutilisable.

Nous voici obligés d’admettre que le simple fait pour un groupe d’affirmer que ses croyances et dogmes forment une religion fait automatiquement de cet ensemble de croyances une religion. C’est ce qu’affirment les catholiques, les musulmans, les juifs, les pastafariens et les membres de nombreuses autres communautés : nos croyances forment notre religion.

Conclusion : le pastafarisme est une religion.

Le pastafarisme est-il une parodie de religion ?

De nombreux médias ont qualifié le pastafarisme de parodie de religion. Il faut signaler que jamais le prophète Bobby Henderson n’a utilisé ce terme de parodie ou un mot approchant s’agissant du pastafarisme. Au contraire, il a toujours déclaré avec le plus grand sérieux que le pastafarisme était une religion basée sur la révélation. Il s’agit donc dans cette qualification de « parodie » d’un jugement personnel qui n’engage que le journaliste ou le communicant qui le porte. Or, rien ne permet de juger cette religion plus parodique qu’une autre. La croyance dans un texte sacré (ou dans une tradition orale sacrée), quelle qu’elle soit, n’a pas à rendre compte de sa justesse, au contraire d’une affirmation basée sur la raison. Je l’ai démontré, si besoin était, dans les lignes précédentes.

Mais pour être encore plus précis, la bible nous décrit Jonas avalé par un grand poisson et qui survit trois jours dans le ventre de ce poisson avant d’être vomi sur une plage. Le coran nous dépeint Mahomet qui aurait été conduit par un coursier fantastique au ciel et retour. Les prêtres de ces religions ne tiennent aucunement pour parodique ces textes religieux, même s’ils paraissent invraisemblables au profane. Tout ce que l’on peut en dire, c’est que certains des fidèles de ces religions peuvent voir ces récits comme réels, d’autres comme une allégorie signifiante et d’autres enfin ne pas y croire mais avoir envie de faire partie du groupe de fidèles concerné. Il n’est malheureusement pas possible de faire la part des choses. Et il en est bien sûr exactement de même pour les pastafariens. Ni le prophète, ni les ministres du culte pastafariens n’utilisent le mot de parodie pour qualifier la religion du monstre en spaghetti volant. Et certains fidèles peuvent voir ces récits comme réels, d’autres comme une allégorie et d’autres enfin ne pas y croire mais avoir envie de faire partie de cette belle communauté.

Concluons donc en constatant qu’il n’est objectivement pas possible de déterminer que le pastafarisme, l’Islam ou le catholicisme sont des parodies de religion ou des religions.

Ce que dit la loi.

La Convention européenne des droits de l'homme reprend dans son article 9 et en l'amendant, l'article 18 de la Déclaration Universelle : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. » et précise également les restrictions liées à la liberté de conviction et de religion en amendant l'alinéa 3 de la déclaration de 1981 : « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »

La lecture de cette convention est éclairante. Le fait de porter un couvre-chef pour des motifs religieux ne met pas en péril la sécurité ou l’ordre public. Je suis en effet clairement reconnaissable sur la photo présentée.

La directive anti discrimination 2007-78-EU qui interdit la discrimination sur base d’une conviction religieuse et philosophique.

Il est clair que me refuser la carte d’identité alors que dans exactement les mêmes conditions, elle soit accordée à des pratiquants d’autres religions portant aussi un couvre-chef est une discrimination, interdite par la règlementation européenne.

Au niveau national :

L’article 19 de la constitution prévoit ainsi que : « la liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés »

Cet article est éclairant : l’état ne favorise ou ne défavorise aucune religion par rapport à une autre. Le fait que de nombreux textes, dont un émanant d’une commission parlementaire, déplorent la confusion entre cette volonté et la reconnaissance de certains cultes, est étranger à notre affaire.

La loi du 10 mai 2007 interdit la discrimination fondée sur l'âge, l'orientation sexuelle, l'état civil, la naissance, la fortune, la conviction religieuse ou philosophique, la conviction politique, conviction syndicale la langue, l'état de santé actuel ou futur, un handicap, une caractéristique physique ou génétique ou l'origine sociale.

Ce que dit la législation de troisième niveau, en fait une circulaire adressée aux bourgmestres :

« Pour un motif religieux ou médical indéniable, une photographie où la tête est couverte peut être admise à condition que le visage soit entièrement dégagé », précise la circulaire envoyée aux communes par le SPF Justice, à savoir le front, les joues, les yeux, le nez et le menton doivent être entièrement découverts. Il est souhaitable mais non requis que les cheveux ainsi que les oreilles soient également dégagés. » Cette circulaire précise en outre la qualité, le type de photo et ses dimensions.

La matrice photo du SPF intérieur : on y voit clairement une femme portant le voile.

Conclusion : la législation est claire et il n’y a aucune contradiction entre les textes. Le port d’un couvre-chef pour motif religieux est autorisé.

La reconnaissance des cultes comme argument de refus

La "reconnaissance" d'un culte n'a aucune incidence sur l'exercice de la liberté de culte, la reconnaissance ayant uniquement pour objet d'assurer certains financements au niveau fédéral et régional, à savoir le paiement des traitements et pensions des ministres des cultes reconnus et au niveau régional le financement du déficit des entités locales et de l'entretien et la construction des édifices consacrés aux cultes. (voy. encore en ce sens la réponse du Ministre de la Justice à la question posée par le Sénateur Destexhe (demande d'explication n° 4-620 du 18 décembre 2008)" (...) "la reconnaissance d'un culte ne porte aucune connotation d'appréciation sur les cultes non reconnus ; les cultes ont la possibilité de demander cette reconnaissance mais ce n'est pas une obligation.») (réponse du 13/01/2009 (anales 4-57).

De plus, dans sa décision du 7 décembre 2006, la Cour d’Appel de Bruxelles a rappelé qu’« un mouvement religieux, jouit donc en principe du droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, garantis par l’article 9 de la C.E.D.H. ».(Bruxelles, affaire family Federation for World Peace and unification c./ Etat belge, 7 décembre 2006, p.21.

Et enfin, s’il en était encore besoin, je cite un sikh, disciple d’une religion non reconnue : “À Watermael-Boitsfort, les sikhs sont respectés, on nous permet de garder notre turban sur la tête pour nos photos d’identité.” in la DH du 08 aout 2012.

Il apparait donc que le service juridique du SPF intérieur considère qu'il y a des religions qui, parce qu'elles sont reconnues, auraient des droits que les autres religions n'ont pas, en contradiction flagrante avec l'article 9 de la convention européenne des droits de l'homme et avec l'article 19 de la constitution. Il est clair pourtant qu'une religion non reconnue doit avoir les mêmes droits qu'une religion reconnue. En me refusant le port de mon signe religieux alors qu'il est accordé à des religions reconnues, je suis victime d'une discrimination.

Conclusion.

Je pense avoir clairement démontré que je suis victime d’une discrimination pour motifs religieux. Je suis certain que vous voudrez mettre fin à ce scandaleux traitement discriminatoire qui m’est infligé.

Sincèrement

Victor Bonjean

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